Lettre mensuelle de John Ralston Saul – Mars 2013

15 mars 2013

Publications

Lettre mensuelle de John Ralston Saul, président international, 
aux membres du PEN
 

le 15 février, 2013

Chers membres du PEN, chères amies, chers amis,

PEN est un partenaire du réseau du Festival de Hay. Cela permet à notre programme Libérez la parole (Free the Word) de s’intégrer dans des festivals déjà existants. Passant par la littérature nous pouvons ainsi faire entendre notre message sur la liberté de parole, sur la nécessité du débat, sur les langues menacées, sur les standards numériques et quoi encore. Ce partenariat a commencé en octobre dernier à Xalapa, dans l’état de Veracruz, au Mexique, un endroit problématique où des écrivains sont morts. Les événements ‘Libérez la parole’ au Festival Hay de Xalapa incluaient Peter Godwin, le président du Centre American PEN, Wole Soyinka, Michael Jacobs, Jeannette Winterson, Frédéric Martel et Jeanne Teller. Ils ont su présenter notre position. Il y eut des moments difficiles, des moments de tension qui impliquaient les autorités locales quand Peter et d’autres sont intervenus et se sont assurés que notre message était clair et bien entendu.

Je viens de rentrer de Colombie, de Bogotá et de Cartagena. Le Festival Bay à Cartagena est un important événement latino-américain. C’est un remarquable lieu de rencontre d’écrivains de langue espagnole de partout dans les Amériques. Notre ancien président et récent Prix Nobel, Mario Vargas Llosa était là, ainsi que Julian Barnes et David Grossman.

PEN était représenté par Sergio Ramírez et Gioconda Belli du Nicaragua, Luisa Valenzuela d’Argentine, Carlos Vásquez Zawadzki, président du PEN de Colombie, Francine Prose, ancienne présidente du American PEN, et moi-même. Le PEN Colombie a organisé trois événements parallèles qui ont rassemblé de nombreux écrivains locaux. J’ai été très impressionné par l’enthousiasme de la communauté des écrivains de Cartagena. Plus tard, à Bogotá, il y a eu une série de réunions internes et d’événements publics auxquels j’ai participé.

La leçon à tirer est celle-ci. PEN doit être le lieu de rencontre pour tous ceux qui sont liés à l’écriture. Il faut que nos Centres soient aussi gros et inclusifs et diversifiés que possible. Les jours du PEN Club sont terminés depuis longtemps. Un Centre PEN fort n’est ni petit, ni introspectif. Il est ouvert sur l’extérieur et actif et jouit de l’autorité de sa communauté. Un nombre de plus en plus important de nos Centres ont franchi une étape additionnelle en créant pour les lecteurs le statut de membre associé et celui de membre étudiant. Après tout, la littérature et la liberté d’expression appartiennent autant aux lecteurs qu’aux écrivains.

Vous vous souviendrez sans doute qu’il y a un an nous avons mené une mission au Mexique où près de cent écrivains ont été tués, un grand nombre d’entre eux des reporters de petit périodiques et de petites stations de radio ou de télévision dans le nord du pays. De nombreuses personnalités politiques préfèrent dire que les personnes tuées n’étaient ni de vrais écrivains, ni de vrais journalistes. Je n’ai jamais compris la valeur de cet argument. Est-ce moins criminel de tuer un écrivain moins connu qu’un écrivain connu? Dès le moment où notre délégation est arrivée, on nous a demandé de clarifier au nom de qui nous parlions et, pour ce faire, en définissant ce qu’est un écrivain. Nous nous y attendions. J’ai simplement dit qu’un écrivain pouvait être un récipiendaire du prix Nobel de la Paix ou un journaliste de province ou n’importe qui entre les deux. Point. Si nous regardons les 850 noms de notre liste des Écrivains Persécutés, plusieurs ne sont pas des membres du PEN, la plupart ne sont pas des personnalités littéraires connues. Mais ils vivent de leur langue et ils meurent, sont emprisonnés et menacés, congédiés ou battus à cause de cela. Ils et elles sont l’un ou l’une d’entre nous.

 PEN Colombie a relevé le défi de construire un Centre aux nombreux membres, diversifié et inclusif. Le membership augmente rapidement partout au pays. J’espère qu’il deviendra un modèle pour des centres PEN latino-américains consolidés et qui accueillent les écrivains inconnus et les fameux, les controversés et les discrets, ceux qui sont établis et ceux qui font partie de la relève.

 Notre programme sur l’impunité en Amérique latine, notre nouveau eBook sur l’impunité du Cercle des Éditeurs – Writers Against Impunity – déborde des voix de la littérature latino-américaine. Il démontre l’importance de rassembler toute notre communauté pour que nous puissions intervenir publiquement en parlant d’une voix unie.

Un Centre PEN composé uniquement de quelques uns des écrivains éminents ou fameux pourra difficilement remplir son mandat d’atteindre l’ensemble de la communauté littéraire et, partant, peut-être les plus fragiles ou menacés. De la même façon, un Centre PEN qui n’inclut pas les leaders de la communauté et ceux qui sont à risque saura difficilement accomplir son mandat. Après tout, ces écrivains qui ont la confiance du public sont nécessaires pour passer notre message. Et ceux qui sont à risque ont plus que tous besoin de notre protection. Et nous ne savons jamais quand ni où la bravoure de la liberté d’expression sera nécessaire. Une approche inclusive comme celle-là ne va pas forcément marcher partout. Pour les Centres qui existent sous une dictature, il sera impossible de rassembler tout le monde, tout comme les centres d’écrivains en exil. Le souhait que nous partageons est de consolider tous nos Centres afin de renforcer leur influence et l’influence du PEN International.

Le défi le plus fréquent est que les écrivains et les éditeurs se distinguent de multiples façons. Il y a toujours la bonne vieille dichotomie locale entre la gauche et la droite. Mais à part les positions extrêmes qui encourageraient la violence et la haine – qui violent notre Charte – ces divisions ne sont pas des affaires du PEN. Notre position est en faveur de la littérature et de la liberté d’expression. Voilà le vaste principe de protection. Nous ne sommes pas membres de notre centre PEN ou du PEN International parce que nous sommes d’accord politiquement mais parce que nous croyons en la littérature et en la liberté d’expression. Et ces deux choses appartiennent aux lecteurs et aux auditeurs ou spectateurs.

Nous pourrons consolider nos centres latino-américains en faisant cela: en creusant dans toute notre communauté dans chaque pays et en créant une puissante coalition d’écrivains de tous genres qui respectent la Charte et y croient. Alors que la crise d’impunité semble s’étendre, cette consolidation est nécessaire.

Avec mes salutations les plus amicales.

John Ralston Saul 
Président international

S'abonner

Subscribe to our RSS feed and social profiles to receive updates.

Aucun commentaire pour l’instant.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s