Lettre de soutien à Sedigeh Vasmaghi

14 novembre 2020

Actualités, Campagnes

Chère Sedigeh Vasmaghi,

Je trouve terrible que vous ayez été condamnée pour avoir signé une pétition critiquant les brutalités policières à l’encontre de manifestants.

Les autorités iraniennes ne savent-elles pas que signer une pétition est un acte de la vie quotidienne? Ne savent-elles pas que les pétitions existent depuis des milliers d’années et que les premières pétitions documentées remontent à l’époque de la construction des pyramides égyptiennes, lorsque les esclaves réclamaient de meilleures conditions de travail? Depuis lors, les gouvernements n’ont cessé de recevoir des pétitions et des pétitionnaires — de la Chine impériale à l’Amérique contemporaine, ainsi qu’à chaque moment historique et lieu géographique entre ces époques. Dans le monde entier, les pétitions restent un outil permettant aux citoyens d’obtenir réparation pour leurs griefs. 

Vous avez courageusement choisi de retourner en Iran, alors que vous êtes grand-mère, en dépit d’une condamnation antérieure de cinq ans à laquelle cette nouvelle condamnation est venue s’ajouter. Le gouvernement iranien ne partage pas votre courage. Il semble craindre une écrivaine de votre talent et de votre stature, une femme dont la poésie primée et les traductions de l’arabe classique ont enchanté des générations, une femme unique qui a enseigné le droit dans son pays natal et à l’étranger, et dont les travaux universitaires sur les femmes, la jurisprudence et l’islam (Women, Jurisprudence, Islam – 2014) et les études sur la polygamie ont depuis longtemps enrichi la réflexion juridique dans ce domaine, mais sont désormais interdits.

Si l’État avait confiance en son propre pouvoir et en ses actes, il ne chercherait pas à vous faire taire. Nous savons que s’il vous envoie en prison, vous continuerez à écrire et à protester. L’injustice ne disparaît pas avec le cliquetis du verrou d’une cellule de prison. La brutalité du massacre que vous avez dénoncé demeure une tache sur l’histoire de l’Iran et dans la mémoire de son peuple. Dans le monde entier, d’autres écrivains se tiennent à vos côtés, tout comme les personnes qui ont survécu aux méfaits de leur dirigeant.

Lors de son discours de réception du prix Nobel, le grand dramaturge Harold Pinter a affirmé que le pouvoir politique était maintenu par la création d’un vaste tissu de mensonges, en privant les citoyens de la vérité. Le rôle de l’écrivain consiste donc à sauver la langue, à dire la vérité et à tenir tête au pouvoir : « Je crois qu’en dépit des énormes difficultés rencontrées, la volonté intellectuelle inébranlable, indéfectible et féroce, en tant que citoyens, de définir la vérité réelle de nos vies et de nos sociétés est une obligation cruciale qui nous incombe à tous ».

Sedigeh, vous faites cela depuis de nombreuses années. Nous sommes à vos côtés. 

Nous espérons que le gouvernement iranien renoncera à votre emprisonnement injuste et qu’il reconnaîtra également le droit commun de pétition. 

Bien à vous,

Lisa Appignanesi — ancienne présidente de PEN Angleterre

, ,

Souscrire

Souscrire à nos flux RSS et profils sociaux pour recevoir les mises à jour.

Pas encore de commentaire.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s