Bref historique du Centre québécois du P.E.N. international

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Les premières années du « PEN Club canadien »

Des 145 centres du PEN International établis aujourd’hui dans une centaine de pays à travers le monde, le PEN Club canadien est un des plus anciens. Le Centre a été fondé en 1926, à Montréal, à la suggestion du premier président du PEN International, l’écrivain britannique et prix Nobel John Galsworthy.

Association bilingue, majoritairement anglophone, le Centre ressemble davantage – et ce jusque dans les années 1940 – à un club de rencontres sociales. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Centre change d’orientation et commence à jouer un rôle de défenseur des écrivains persécutés. À l’instar du PEN International à Londres, le Centre aide à faciliter le séjour au Canada des écrivains étrangers en exil.

Une vingtaine d’années plus tard, les écrivains francophones choisissent de former un centre spécifiquement de langue française. Ainsi naît au congrès de New York de 1966 le Centre de langue française du PEN International du Canada, appelé PEN Club canadien-français, reconnu en 1967 au congrès d’Abidjan. L’idée de scinder le PEN Club canadien en deux unités linguistiques indépendantes était sans doute prématurée. La première présidente du PEN Club canadien-français a été la romancière Germaine Guèvremont, dont le décès en 1968 entraînera la fin dudit centre, le 15e à avoir été créé.

Très présent à l’étranger, le PEN Club canadien assiste aux colloques mondiaux de l’organisation. Au congrès de Menton de 1969, la proposition canadienne de créer une journée des écrivains emprisonnés sera retenue et depuis 1981, le 15 novembre est universellement reconnu comme la Journée mondiale des écrivains en prison.

Les années 1970 voient la création du Comité de défense des écrivains persécutés (CODEP), qui travaille de concert avec le même Comité, le Writers in Prison Committee (WiPC), établi à Londres depuis 1960.

Les années 1980 et le « Centre québécois du P.E.N. international » 

Il faut attendre les années 1980 pour que les écrivains francophones se mobilisent à nouveau et reprennent le bâton du pèlerin. En 1982, sous la gouverne de l’écrivain, diplomate et professeur franco-ontarien Jean-Éthier Blais, alors président du PEN Club canadien, et grâce à l’appui de l’Union des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ), est fondé à Montréal le Centre francophone canadien du PEN International. Le Centre est reconnu au Congrès de Londres et sa nouvelle accréditation est ratifiée à Tokyo en 1984. L’année suivante, le Centre rédige ses règlements généraux et obtient ses lettres patentes.

La cellule anglophone du PEN Club canadien déménagera à Toronto en 1983 et prendra le nom de PEN Canada. Margaret Atwood en sera la première présidente.

Malgré l’éloignement, les deux centres PEN n’ont jamais cessé de travailler ensemble à des projets communs et continuent de le faire trente ans plus tard. En 1989, les Centres organisent conjointement le congrès annuel du PEN, à Montréal et à Toronto. Sa mise en œuvre en est facilitée par l’alors président de PEN Canada, l’écrivain John Ralston Saul, qui sera élu président de PEN International en 2009.

Le Centre ne prend son nom de Centre québécois du P.E.N. international qu’en 1990, lorsque les termes d’Écriture et liberté s’intègrent au logo. Au même moment, son siège administratif est établi à la Maison des écrivains, sise avenue Laval, à Montréal, grâce à la générosité jamais démentie de l’UNEQ; le Centre y tient toujours ses réunions et ses rencontres.

Suivant les directives de Londres, les conditions d’admission des membres évoluent avec les années. Rapidement s’ajoutent aux poètes, essayistes et romanciers initiaux – suivant l’acronyme anglais de P.E.N., Poets, Essayists, Novelists –, les dramaturges, traducteurs et éditeurs, auxquels se joignent maintenant les journalistes, scénaristes, libraires, bibliothécaires et autres blogueurs.

Les réalisations du XXIe siècle

Avec l’arrivée du nouveau millénaire, le diplomate, écrivain et traducteur Émile Martel devient le troisième président du Centre québécois du P.E.N. international.

À partir de l’an 2000, le Centre québécois du P.E.N. international souligne la Journée mondiale des écrivains en prison en coorganisant l’évènement Livres comme l’air avec Amnistie internationale et l’UNEQ. Répété tous les ans depuis, et ayant lieu dans divers salons du livre et festivals littéraires, Livres comme l’air réunit dix écrivains québécois ayant été jumelés à autant d’écrivains emprisonnés ou menacés, auxquels ils dédicacent un de leurs livres qui leur sera ensuite acheminé.

En 2011, le Comité de traduction et des droits linguistiques (CTDL) travaille de concert avec le Comité londonien fondé en 1978, le Translation and Linguistic Rights Committee, pour élaborer le Manifeste de Gérone qui défend la diversité linguistique dans le monde. Le Comité avait aussi travaillé avec l’UNESCO en 1996 pour que soit officiellement adoptée la Déclaration universelle des droits linguistiques.

Toujours présent sur la scène internationale, le Centre continue à mener des actions de soutien spécifiques. Après le terrible tremblement de terre de 2010 en Haïti, le Centre se souvient du professeur et écrivain Georges Anglade, membre de son conseil d’administration et fondateur de PEN-Haïti, qui y avait trouvé la mort. Le Centre fonde en 2014 le Cercle des amis du PEN-Haïti qui permet de ramasser les fonds nécessaires pour appuyer la Résidence Georges-Anglade à Port-au-Prince, un lieu d’accueil pour les écrivains haïtiens ou de passage.

En 2015, le Centre organise à Québec le 81e congrès international, sous le thème Traduction = création = liberté. Reconnu autant par la qualité de son organisation que par sa vaste fréquentation, le congrès a permis de faire adopter la Déclaration de Québec sur la traduction littéraire, les traductrices et les traducteurs. La Déclaration de Québec se veut pour les traducteurs une réflexion sur leur art et profession.

La même année, le Comité Femmes du Centre voit le jour, en écho à celui de Londres fondé en 1991, le Women Writer’s Committee. Depuis, le Comité organise régulièrement des lectures de textes écrits par des femmes emprisonnées ou menacées et lus par des écrivaines québécoises, autant dans des salons du livre, des festivals littéraires, des librairies ou encore des bibliothèques.

Tous les ans, le Centre se joint à l’Institut Canadien de Québec afin d’octroyer le prix Nouvelles Voix, Québec et Canada francophone et collabore avec la Maison de la littérature de Québec pour choisir l’auteur qui obtiendra la résidence d’écriture d’une durée de deux mois Exil et liberté. Depuis 2017, le Centre et PEN Canada présentent ensemble au Festival littéraire Métropolis bleu de Montréal des textes d’écrivains emprisonnés ou menacés.

Au Congrès de Pune de 2018, quelques centres PEN francophones se sont constitués en fédération afin, entres autres actions, d’alimenter les dossiers que PEN International présentera à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). La Belgique, la France, le Mali, le Québec et la Suisse-Romande en sont les membres fondateurs.

Grâce au généreux legs testamentaire du légiste Jacques Brossard, écrivain et diplomate, le Centre a attribué pour la première fois en 2018 le Prix Jacques-Brossard/Centre québécois du P.E.N. international à « un auteur d’un ouvrage d’essai ou de fiction centré sur l’humanisme ou la spiritualité ». D’une valeur de 5 000 $, le prix sera attribué tous les deux ans.