Déclaration de PEN International sur le harcèlement en ligne

Le Centre québécois du P.E.N. international adhère à la déclaration que voici.

5 octobre 2020

Partout dans le monde, le harcèlement en ligne est en augmentation(1), exacerbé par notre environnement hypernumérique et accéléré par une pandémie mondiale. En tant qu’organisation engagée à œuvrer pour « l’idéal d’une humanité vivant dans la paix et l’égalité dans un monde », PEN s’oppose fermement au harcèlement en ligne et hors ligne. Alors que les médias sociaux servent de plus en plus de forums d’échange et de débat d’idées, une culture dans laquelle le harcèlement est devenu la norme à travers un spectre idéologique est une culture qui non seulement nuit aux personnes directement touchées, mais nuit au débat public en supprimant et en faisant taire les voix – incluant celles déjà sous-représentées dans la vie publique – et dégrade notre discours au sens plus large.

Toute discussion sur la liberté d’expression doit également être une discussion relative au pouvoir – une discussion qui prend en compte l’échelle et l’ubiquité des plates-formes numériques, les inégalités actuelles et historiques et la dynamique en jeu entre les groupes qui tentent de contribuer au discours public. Le harcèlement en ligne affecte souvent de manière disproportionnée des groupes particuliers de personnes, y compris, mais sans s’y limiter, les femmes, les personnes LGBTQ + et les personnes victimes de racisme(2). Ce n’est pas un hasard si les groupes les plus gravement et fréquemment harcelés en ligne font partie de ceux qui ont subi les degrés les plus graves de violence hors ligne(3).

Nous soutenons le droit d’avoir et d’exprimer des opinions fortes, à condition que cette expression ne porte pas atteinte aux droits d’autrui internationalement reconnus, n’incite pas à la haine, ni n’engendre la menace ou le recours à la violence. Il est juste et approprié que les points de vue soient soumis à un examen rigoureux – la libre expression garantit que chacun de nous est en mesure de contester les idées qu’il remet en question ou avec lesquelles il est en désaccord. Un désaccord clamé haut et fort est un moyen essentiel pour contester les déclarations qui portent atteinte aux droits humains de nos semblables. Nous soutenons de tout cœur un débat d’idées aussi robuste, mais nous pensons qu’il est crucial de faire la distinction entre la critique constructive et le harcèlement gratuit (qui dégrade ou intimide une personne ou un groupe). Nous écoutons et prenons au sérieux ceux qui ont été la cible de harcèlement et travaillons avec des organisations pour mieux soutenir et protéger les personnes victimes de harcèlement. De plus, nous continuerons à faire pression sur les plates-formes pour mieux protéger et soutenir les utilisateurs faisant face au harcèlement. Nous collaborons également avec lesdites organisations pour étudier et attirer l’attention sur ce problème de sorte à mieux le comprendre et à trouver la meilleure façon de faire face en toute sécurité au harcèlement lorsqu’il se produit, et de soutenir ces individus ou groupes qui en sont victimes. La liberté d’expression ne libère pas des conséquences de la parole. À ce titre, nous exhortons tous nos membres à se rappeler l’un des fondements de la charte du PEN et à « user de leur influence en faveur de la bonne compréhension et du respect mutuel »(4).

(1) : https://hbr.org/2020/06/youre-not-powerless-in-the-face-of-online-harassment

(2) : https://www.amnesty.org/en/latest/research/2018/03/online-violence-against-women-chapter-3/ and https://www.theguardian.com/technology/2016/apr/12/the-dark-side-of-guardian-comments

(3) : Par exemple, au Royaume-Uni, la majorité des crimes haineux étaient des crimes raciaux en 2018-2019 (http://(https://assets.publishing.service.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/839172/hate-crime-1819-hosb2419.pdf); une personne LGBTQ+ sur cinq a subi un crime haineux ou un incident au cours des douze derniers mois, proportion qui augmente à deux sur cinq chez les transgenres (https://www.stonewall.org.uk/lgbt-britain-hate-crime-and-discrimination); une femme sur trois connaîtra de la violence conjugale ou sexuelle au cours de sa vie (https://homeofficemedia.blog.gov.uk/2019/03/07/violence-against-women-and-girls-and-male-position-factsheets/).

(4) : https://www.englishpen.org/the-pen-charter/