Déclaration du Comité des écrivains persécutés (CODEP)

Briser le mur du silence :

Cri de solidarité de PEN Québec envers le peuple iranien

Montréal, le 29 janvier 2026

Wikimedia Commons : Manifestations du 8 janvier 2026

Depuis les rives du Saint-Laurent, PEN Québec regarde vers l’Iran, le cœur serré par l’angoisse et l’indignation. Alors que le Corps des Gardiens de la révolution islamique tente d’éteindre la lumière de la liberté sous le feu des munitions et sous le manteau d’une coupure numérique presque totale, nous refusons de détourner le regard.

Une répression meurtrière sans précédent

L’Iran traverse aujourd’hui l’une des périodes les plus sombres de son histoire contemporaine. Ce que les autorités tentent de dissimuler derrière la coupure prolongée d’Internet est une répression sanglante des manifestations. Selon l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), le bilan vérifié des morts dépasse les 6000 personnes, dont la grande majorité sont des manifestants, et il y aurait plusieurs milliers d’autres décès non confirmés (L’Orient-Le Jour).

Les bilans convergent vers l’horreur

Le 25 janvier 2026, TV5 Monde indiquait que des sources internes ont évoqué entre 30 000 et 36 500 morts en seulement deux jours de répression. Le lendemain, FRANCE24 signalait  que deux hauts responsables du ministère de la Santé cités par le magazine Times ont confirmé les mêmes chiffres. La Presse précisait pour sa part l’écart vertigineux entre le bilan officiel de 3117 morts et celui avancé par Iran International de plus de 36 500 morts.

Des sources médicales et des médias étrangers indiquent que le nombre réel de victimes pourrait être encore plus élevé, avec des estimations internes (présentement non vérifiables) suggérant qu’il y ait eu plusieurs dizaines de milliers de morts lors des seules journées les plus violentes de la répression (QUB).

Ces chiffres extrêmement divergents reflètent l’opacité due à la difficulté de vérifier les bilans de manière indépendante.

Selon de nombreux témoignages, les répressions et les tueries ne se limitent pas à ce qui se passe dans la rue : les manifestants sont traqués jusque dans leurs domiciles, et des médecins ont rapporté que certains blessés auraient été exécutés dans les hôpitaux, y compris par des tirs à la tête (amnistie.ca).

Le Nobel de la paix 2023 parmi les détenus

Des journalistes, écrivains, poètes et artistes auraient été ainsi arrachés à leurs foyers et jetés dans les geôles du régime. Parmi eux, la lauréate du prix Nobel de la paix 2023, Narges Mohammadi, symbole de courage inébranlable, subit l’isolement et la violence alors que sa santé continue de décliner.

L’écrivain comme cible

Le CODEP affirme que la République islamique a démultiplié les arrestations d’écrivaines et d’écrivains ayant réclamé la légitime liberté de pensée contre la censure. Pour le seul crime d’avoir écrit ou crié leur soif de justice, ces défenseurs de la dignité humaine sont menacés d’accusations telle celle de moharebeh — « guerre contre Dieu » — souvent utilisée pour justifier la peine de mort.

Nous dénonçons avec force les condamnations sans fondement, sous prétexte de « propagande contre le régime », visant des membres de l’Association des Écrivains d’Iran comme Reza Khandan (Mahabadi) et Keyvan Bazhan. Nous saluons la mémoire de Baktash Abtin, mort en détention en 2022 sous ce même régime, et dont le sacrifice continue d’inspirer la résistance actuelle.

Nous nous inquiétons également du sort des nombreux auteurs, autrices et journalistes récemment arrêtés ou ayant comparu, dont Ali Asadollahi, Anisha Asadollahi, Arash Ganji, Giti Pourfazel, Arman Ismaili, Shabnam Ashouri, Elvar Gholivand, Neda Pirkhazraeian, Arash Johari, Andisheh Sadri, Mina Rad, et Khosrow Sadeghi Borujeni.

Notre crainte s’étend aussi aux juristes et défenseurs des droits civils, telle Nasrin Sotoudeh, dont la santé est en grave danger dans des prisons aux conditions sanitaires déplorables.

Appel à l’action

PEN Québec s’élève contre la barbarie qui s’abat sur le peuple iranien. Au nom de toute la grande collectivité écrivaine, sans distinction, nous rappelons qu’une plume que l’on brise est une plaie ouverte dans la conscience du monde. Une coupure d’Internet n’est pas qu’une censure technique, c’est un linceul jeté sur des victimes. Nous demandons d’une voix ferme :

  1. La libération immédiate et inconditionnelle de Narges Mohammadi, des membres de l’Association des Écrivains d’Iran et de tous les prisonniers et prisonnières d’opinion.
  2. Le rétablissement immédiat de l’accès à l’information. Le monde doit voir ce qui se passe dans les rues de Téhéran, de Mashhad et partout ailleurs.
  3. Une mobilisation diplomatique et internationale urgente. L’impunité ne peut plus être la réponse aux pertes humaines massives. Nous tenons le guide suprême Ali Khamenei ainsi que les autorités politiques et judiciaires iraniennes pour responsables de la vie et de la santé des détenus.

À nos collègues écrivaines et écrivains iraniens, à tous ceux et celles qui risquent leur vie pour donner voix aux opprimés, à ces familles qui cherchent désespérément leurs proches disparus : vous n’êtes pas seuls. Votre courage nous oblige. Tant que vous serez bâillonnés par la force, nous serons votre voix. Tant que l’Internet sera coupé, nous serons votre écho.

L’histoire retiendra vos noms et votre lumière. Elle ne retiendra des oppresseurs que la noirceur qu’ils tentent en vain de répandre.

Le Comité de défense des écrivains persécutés (CODEP) de PEN Québec

Un commentaire

  1. La solidarité n’est pas un texte bien écrit : c’est écouter. Et le peuple iranien crie un nom que vous n’osez pas écrire : Reza Pahlavi. Le reste ressemble à une solidarité sélective.

Laisser un commentaire