RÉSIDENT 2012: GUY V. AMOU, ORIGINAIRE DU TONGO.

12 octobre 2013

Résidence d'écrivains

L’écrivain Guy V. Amou est né à Lomé au Togo en 1959. Au Togo et au Québec, il a fait des études en mathématiques, sciences naturelles, sciences appliquées et chimie des matériaux. Puis, il a étudié l’architecture et l’urbanisme à Paris. Depuis trente ans, il vit au Québec où il partage son temps entre sa carrière scientifique dans le domaine de la pharmacologie et ses multiples activités littéraires et culturelles.

RETOUR À QUÉBEC
Par Guy V. Amou

Pendant trois mois inoubliables, le mot exil a dansé devant mes yeux avec des vêtements que je ne lui connaissais pas. De décembre 2012 à février 2013, il s’est constitué en semence et catalyse pour ma créativité autant que pour mon besoin naturel d’aller à la rencontre de mes semblables. Et – volupté suprême – plus aucune limite à la démesure! Toutes ailes abandonnées à la complicité du hasard, je me fis goulûment objet et sujet.

De mon point d’observation privilégié, j’ai inlassablement contemplé les facéties de l’hiver sur les façades de l’Hôtel de Ville. Le vieux clocher de la cathédrale de Québec épiait le moindre de mes mouvements, tout en feignant d’ignorer que la piété n’est plus ce qu’elle fut dans la cité de Monseigneur de Laval. Pendant quelques nuits arraisonnées par l’insomnie, les carnavaliers m’ont restitué, intacts, les chavirements de mes années d’études universitaires. Le totem amérindien, dans la cour arrière, faisait semblant de somnoler en attendant les oiseaux matinaux d’avril. Je m’employai à lui cacher que j’avais accès à l’alphabet laboureur du silence. Je lui dissimulai que les signes, dont je remplissais plusieurs pages, vivaient de la poésie des cantilènes, dont il berçait doucement mon sommeil. Un peu partout, les rues avouèrent à mes pas qu’elles avaient bonne mémoire et les interrogèrent en vain sur les motifs de ma longue absence.

Je mis à terre mon barda. On me tendit aussitôt des oreilles disponibles mais vaguement perplexes. Je déroulai le contenu de mon sac pèlerin à des gens, rassurés – me sembla-t-il – que l’on pût dire le Québec, leur Québec, avec des accents et des mots venus d’ailleurs. Nous avons entremêlé nos sourires. Ensemble, nous avons soupiré le prodige des voyages dépouillés d’intentions. Alors, écrire se révéla, comme je l’avais toujours secrètement souhaité, prétexte au tutoiement chaloupé des désirs ainsi qu’au rabotage des résidus d’indifférence à l’autre.

À Lévis, on se plut à me servir le livre en aliment, en aliment écologique. Appétit. Satiété. Enchantement…

La tortue, compagne de mon enfance au bord du Mono, m’attendait à Wendake. Elle me désigna, avec un reste de tendresse au seuil de la carapace, les membres ankylosés de la vénérable Kabir Kouba. Je lui promis de revenir bientôt, de ramener sous peu les miens déchiffrer avec moi les murmures obstinés du temps. Autour de nous, rides approbatrices en dentelles au coin de regards étincelant d’intelligence et de bonhomie.

Avant de tourner le dos, je traçai lentement sur la face déjà nostalgique de mon compagnon danseur, aux vêtements réconciliés avec la palette de mes vacillements : Merci. Infiniment…

Guy V. Amou

Plus de détails sur cette résidence sur le site de la Maison de la littérature.

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