PEN INTERNATIONAL – LETTRE MENSUELLE

7 mars 2014

Publications

Lettre de janvier/février 2014 de John Ralston Saul,
président international, aux membres du PEN
10 mars 2014
Chers membres du PEN, chères amies, chers amis,Comme plusieurs d’entre vous le savent déjà, Haroon Siddiqui (ancien membre du Board) et moi nous sommes rendus en Inde pendant trois semaines en janvier pour le lancement du centre PEN de Delhi et pour effectuer une visite auprès d’un centre plus ancien, le ‘All-India’ de Mumbai. Je reviens plus loin sur la situation en Inde mais permettez-moi d’abord d’ajouter que Hori Takeaki vient de se rendre à Addis Abeba à la rencontre du PEN Éthiopie ; puis il est allé à Athènes pour œuvrer à la mise en place d’un Centre PEN grec. Trois responsables de notre bureau international – Sarah Clarke, James Tennant et Paul Finegan – se sont rendus récemment au Quartier-général de l’UNESCO pour mettre en place notre nouvelle coopération avec les Centres PEN du Kenya, de la Serbie, d’Haïti et du Nigéria en ayant à l’esprit de consolider dans ces pays les industries locales de la publication en langues minoritaires (http://www.pen-international.org/newsitems/unesco-and-pen-international-to-partner-on-major-new-minority-language-publishing-project/).

Et notre campagne Out in the cold (Bâillonnés) en Russie, qui demandait le retrait de trois nouvelles lois qui limitaient la liberté d’expression, a reçu un vaste appui. Le re-criminilisation de la loi sur le libelle. La loi sur l’injure religieuse. Une loi qu’on peut identifier comme anti-gaie puisqu’elle interdit toute communication du fait qu’on est gai. Ce sont tous des gestes fondamentalement opposés à la liberté d’expression en Russie.

Mais avec la crise en Ukraine, bien sûr, tous les yeux sont tournés ailleurs que vers  ces questions précises. La guerre a toujours eu cet effet hypnotique de distraire les gens pendant un certain temps de leur fidélité au bien commun.

Face à la crise ukrainienne, autant le PEN russe que le PEN ukrainien se sont appliqués à rappeler les éléments de base d’une société juste et ouverte; et que la violence n’est une voie de sortie viable pour personne.

Vue la crise, surtout en Crimée, il est impératif que nous tournions notre regard vers la partie la plus faible de cette équation : les Tatars de Crimée. Il y a 21 mois, je me suis rendu dans la région avec Hori Takeaki, Jarkko Tontti, Kaiser Abdurusul et notre réseau Ural-Altay. J’ai déjà décrit dans une lettre antérieure, celle de juillet 2012, ce peuple de 300,000 personnes qui en 48 heures a été arraché de son foyer en 1944 et exilé vers l’est de la Russie. En 1989, il a retrouvé le chemin de la Crimée et y a reconstruit langue et culture. Dans des circonstances comme celles qui prévalent aujourd’hui, nous devons nous assurer que ces populations ne sont pas une fois de plus opprimées.

En d’autres mots, la solution se trouve dans la négociation et la discussion : dans les deux cas, la liberté d’expression est nécessaire, sinon, il n’y a que des accords de coulisse. http://www.pen-international.org/newsitems/the-pen-community-calls-for-a-peaceful-resolution-of-the-current-crisis-in-ukraine/).

*     *     *
Je reviens à la question de l’Inde. Il s’agit toujours d’une démocratie dynamique à la créativité remarquable. Mais ce que j’ai le plus souvent entendu de la part d’écrivains et d’éditeurs c’est le mot ‘auto-censure’. L’incertitude domine à savoir si, si vous écrivez ou dites ceci ou cela,  quelque riche personnage ou une entreprise ou un mouvement religieux ne va pas vous assaillir. Et alors, en tant qu’écrivain ou éditeur, vous risquerez d’être ruiné devant les tribunaux; et pire encore, une troupe violente pourrait bien apparaitre à votre porte.Et la possibilité d’un gouvernement national dirigé par Narendra Modi, avec son passé populiste, religieux et violent, ajoute à cette atmosphère d’appréhension. Haroon Siddiqui l’a bien décrit dans le rapport qu’il  a rédigé sur notre séjour (http://www.pen-international.org/02/2014/developing-pens-in-india-report/). Nous avons eu de nombreux échanges, privés autant que publics; au moment du lancement du nouveau Centre PEN Delhi, organisé par Nilanjana Roy et Rachna Davidar; avec les dirigeants du Centre All-India PEN à Mumbai – Ranjit Hoskote, Naresh Fernandes et Jerry Pinto; avec des dirigeants de Bollywood grâce à Shabana Azmi et Javed Akhtar; lors de tables rondes à Delhi et Mumbai; sur scène lors du Festival de Jaipur avec Jerry Pinto et le PEN All-India et Peter Goodwin, le président du American PEN.

Pendant que nous étions sur place, l’éditeur Bloomsbury a cédé aux pressions d’entreprises et a retiré du marché le livre de Jitender Bhargava sur Air India. Quelques semaines plus tard, des idéologues se sont référés à des lois désuètes pour obtenir que la maison d’édition Penguin retire le livre de Wendy Doniger sur l’hindouisme. Nous avons tous élevé la voix contre ces choses. Mais nous devons aussi constater qu’il s’agit d’une croissante tendance où les forces de la finance et d’une religiosité populiste utilisent des lois iniques, des tribunaux faibles et des gouvernements encore plus faibles pour nourrir cette atmosphère de crainte et d’auto-censure.

Une chose est claire. Il faut que les communautés d’écrivains et d’éditeurs se rassemblent pour s’organiser; il faut qu’elles consolident leur volonté commune, qu’elles mettent en place  une  stratégie. Les pressions qui sont exercées augmentent. Il faut s’y attaquer d’une manière méthodique et réfléchie, sinon la liberté d’expression sera minée à mesure que les livres et les auteurs et les entreprises du secteur seront ciblés les uns après les autres. PEN a un rôle de leadership important à jouer dans ces efforts de rassemblement de toute la communauté. Le sentiment d’une fraternité partagée peut créer une dynamique distincte. Cela a toujours été le rôle du PEN: une force d’unification pour la communauté des créateurs.

Ce qui est déjà clair, c’est que certaines lois en particulier doivent être revues et qu’il va falloir pour y arriver mener une campagne soutenue. Nous devons porter une attention particulière au fait que ces lois font un tort spécifique à la réputation de l’Inde en tant démocratie. Et finalement, il faut coordonner l’action contre l’échec de la police, des tribunaux et des gouvernements à accomplir leur tâche ou à l’accomplir avec la rapidité et l’énergie nécessaires pour lever le voile de crainte qui existe, et l’auto-censure qui prévaut.

Avec mes salutations les plus amicales.

John Ralston Saul
Président international

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