Soirées hommage aux femmes détenues politiques dans le monde

6 octobre 2016

Actualités

 

Soirées hommage aux femmes détenues politiques dans le monde

organisée par le Comité femmes du Centre québécois du P.E.N. international

Libérons les voix ensemble

Montréal, 28 avril 2016 – Québec, 12 mai 2016

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Montréal, 28 avril 2016 – Maison des écrivains

 ANABEL FLORES SALAZAR, Mexique (1984-2016)   Denise Desautels

GAO YU, Chine – Martine Delvaux

DINA MEZA, Honduras – Yara El-Ghadban

FATIMA NAOOT, Égypte – Louise Dupré

NARGES MOHAMMADI, Iran – Catherine Mavrikakis

WAJEHAI AL-HUWAIDER, Arabie Saoudite – Nicole Brossard

PERIHAN MAGDEN, Turquie – Maya Ombasic

KHADIJA ISMAYILOVA, Azerbaïdjan – Pascale Navarro

MAHVASH SABET, Iran – Lise Gauvin

ATENA FARGHADANI, Iran – Marie-Ève Blais

ANNA POLITKOVSKAÏA, Russie, (1958-2006) – Claudine Bertrand

 

Québec, 12 mai 2016 – Maison de la littérature

 

DINA MEZA, Honduras – Rae Marie Taylor

FATIMA NAOOT, Égypte – Laure Morali

WAJEHA AL-HUWAIDER, Arabie Saoudite – Christine Eddie

ANNA POLITKOVSKAÏA, Russie, (1958-2006) –  Julie Stanton

KHADIJA ISMAÏLOVA, Azerbaïdjan –  Catherine Fortin

MAHVASH SABET, Iran – Sylvie Nicolas

ATENA FARGHADANI, Iran – Marie-Ève Muller

GAO YU, Chine – Mylène Brunet

PERIHAN MAGDEN, Turquie – Hélène Lépine

NARGES MOHAMMADI, Iran – Isabelle Duval

ANABEL FLORES SALAZAR, Mexique (1984-2016) – Andrée Lévesque-Sioui

 

Montréal

 

Anabel Flores Salazar, Mexique (1984-2016) Denise Desautels

Journaliste et reporter, Anabel Flores Salazar a été enlevée, le 8 février 2016, par huit hommes masqués et armés, à Orizaba dans l’État de Veracruz. On l’a retrouvée morte le lendemain, son pantalon baissé, un sac plastique entourant sa tête, sur la route Cuacnopalan-Oaxaca dans l’Etat de Puebla. Elle avait 32 ans, et elle était la mère d’un bébé de 15 jours et d’un enfant de 4 ans.

Tu utilisais le mot «femicida» quand la victime était une femme, ce qui arrivait beaucoup trop fréquemment, te semblait-il. Tu n’as pas voulu fermer les yeux, ce que les autorités en place, tant gouvernementales que militaires, auraient apparemment ardemment souhaité, ce qu’elles faisaient elles-mêmes, parce que ça les arrangeait, en prétendant le contraire. Tu étais, pour ces autorités, terriblement encombrante.

*

Gao Yu, Chine –  Martine Delvaux

Vous êtes journaliste. Vous l’êtes depuis ce moment où la Chine s’est tournée vers l’économie de marché. Vous avez été témoin de la transformation de votre pays. En novembre 1988, le maire de Beijing vous décrit comme une ennemie du peuple qui vient de publier un programme politique visant le tourment et la rébellion. En 1989, vos articles pour le Economics Weekly prônent le dialogue entre les manifestants et le pouvoir en place. Néanmoins, au matin du 3 juin 1989, on vous arrête. Dissidente.

Vous avez été arrêtée trois fois depuis Tienanmen, depuis cette nuit où un millier de personnes ont perdu la vie quand le gouvernement chinois a voulu nettoyer le mouvement contre-révolutionnaire. Depuis cette célèbre image, que je porte depuis ce moment-là, d’un jeune homme debout devant une rangée de tanks qui avance vers lui.

Lui, c’est vous.

*

Fatima Naoot , Égypte – Louise Dupré

En janvier 2016, Fatima Naoot a été condamnée au Caire, en Égypte, à trois ans de prison et à une amende de 2 550$ pour insulte à l’Islam. Elle avait tenu, sur Facebook, des propos critiques au sujet de la fête de l’Aïd al-Adha, où l’on sacrifie des moutons afin de rappeler qu’un mouton avait été sacrifié à la place d’Ismaël, le fils d’Abraham. Aux dernières nouvelles, elle semblait assignée à résidence et sa cause avait été portée en appel.

Se montrer critique, n’est-ce pas le propre d’une femme comme vous, journaliste, directrice de revue, défenderesse de la cause des femmes et des coptes, traductrice en arabe de Virginia Woolf et de Philip Roth, figure marquante de la poésie égyptienne au féminin, dont l’œuvre a reçu des prix prestigieux et à été traduite en plusieurs langues ? Et, de surcroît, candidate aux élections ?

Narges Mohamadi, Iran – Catherine Mavrikakis

Narges Mohammadi est avocate, directrice du Centre pour les défenseurs des droits humains (CDDH). Fondé en 2001, notamment par la lauréate du prix Nobel de la paix, Shirin Ebadi, le CDDH, vise à dénoncer les violations des droits humains en Iran, défendre gratuitement les prisonniers politiques et soutenir leurs familles. Le centre a été fermé par les autorités iraniennes en 2008. Ses membres sont continuellement  intimidés et certains arrêtés. Narges Mohammadi a été condamnée à la prison ferme pour trois chefs d’accusation, cinq ans pour “réunion et complot contre la République islamique”, un an pour “propagande contre le régime” et dix ans pour collaboration avec l’association Legam, qui milite pour l’abolition progressive de la peine de mort en Iran, La journaliste a ainsi a été condamnée officiellement à 10 ans ferme. Source: amnesty.fr,  et rsf. Org amnesty international et reporters sans frontières.

 

Narges Mohamadi, que puis-je faire pour toi? 

Un dernier discours, Narges t’a conduite à nouveau en prison en 2015… On t’avait libérée, tu étais malade… On avait été clément pour toi…On croyait que la maladie te musèlerait…

Tu aurais pu te taire. Narges. Tu aurais dû te taire, Narges. Si tu avais seulement pensé à toi. Mais te taire, tu ne sais pas. Et de la prison d’Evin, alors que tu es malade, s’élève encore quelque chose comme ta voix. 

 Que pouvons-nous faire pour toi, Narges? 

Que pouvons-nous faire pour toi Narges,  si ce n’est de crier avec toi? 

*

Dina Meza, Honduras – Yara El-Ghadban

Dina Meza est journaliste et mère de trois enfants, fondatrice de la webzine Revistazo qui enquête sur les abus commis par des entreprises de sécurité privées, et la violation des droits des travailleurs. Revistazo offre également des services juridiques aux victimes défavorisées. Meza et son équipe sont constamment harcelés et menacés. En 2006, Dionisio Garcia Diaz, un collègue, a été abattu dans la rue. Meza est un membre actif du Comité des familles de détenus et disparus du Honduras (COFADEH) qui milite pour les détenus et les disparus. Elle publie sur le site Defensores En linea et anime l’émission radio « Voces Contra el Olvido » (Voix contre l’oubli). En 2007, elle a obtenu le Prix du Journalisme des Droits humains d’Amnesty International, et a reçu le prix Oxfam-Novib / PEN en 2014. Elle est aussi, depuis 2014, la présidente du nouveau Centre PEN du Honduras et compte parmi les 100 Héros de l’information de Reporters Sans Frontières (RSF). En janvier de la même année, PEN International a publié son rapport sur le Honduras intitulé le journalisme dans l’ombre de l’impunité.

Source : https://www.ifex.org/honduras/2015/11/19/profile_dinameza/fr/)

Dina : Quel est le poids d’un mot? Un souffle, un sourire, une vie? J’ai une petite balance dans mon cœur. Le matin, en prenant mon stylo, je soupèse le nom de mes filles, qu’on me promet de violer pour chaque mot qui pèse trop lourd. Quel est le poids d’un point d’interrogation, une question incisive? Parfois, les poches des vestons greffés me semblent tellement plus lourdes que mes mots, les menaces aussi pesantes qu’un tombeau. Je me mets au lit, je ferme les yeux. La terreur me chuchote à l’oreille une berceuse morbide: « la Muerte Termina con la palabra », la mort vient à la fin du mot. Je me lève alors et j’écris. Face au poids de la peur, je dépose sur la balance tous les mots qui doivent être dits, compte les vies anéanties et celles qui commencent à peine, contemple l’horizon et l’avenir de mes enfants. Les mots sont ancrage, racines, terre qui me porte, vérité qui refuse de se taire.

Québec

Anna Politkovskaïa, Russie, (1958-2006) – Julie Stanton

Anna Politkovskaïa est une journaliste russe et une militante des droits de l’homme connue pour son opposition à la politique du président Vladimir Poutine. Elle aura sans relâche dénoncé les dérives du pouvoir russe. Elle était connue pour sa couverture critique des campagnes du pouvoir russe en Tchétchénie. Anna Politkovskaïa a été assassinée le 7 octobre 2006, à Moscou.

Ton livre Voyage en enfer : Journal de Tchétchénie, je l’ai lu dans le confort de mon salon. Tu écris l’horreur. Et tu répétais tel un leitmotiv : «Il ne faut pas oublier. Jamais. Il faut continuer d’en parler. Oublier c’est trahir. Un peuple qui oublie est un peuple condamné.» Dans les jours qui ont suivi ton assassinat, trois cent journaux russes t’ont rendu hommage et ont publié une sélection de tes articles. Quelqu’un a dit : «Tu étais, Anna Politkovskaïa, la voix de la Russie qui résiste.»

*

Wajeha al-Huwaider, Arabie SaouditeChristine Eddie

Tu as 54 ans. Tu es née à Hufuf, une ville de dattiers, de souks et de palaces. Tu es née dans un royaume… qui n’est pas celui des femmes. Tu es la moitié invisible de l’Arabie Saoudite. Une moitié tenue en laisse par les pères, les maris, les oncles, les frères et les fils.

Tu oses écrire ce que personne n’a le droit de penser. Chacune de tes paroles est épiée, bloquée. Tu reçois des menaces de mort. En 2011, on t’arrête, on t’interroge et on t’accuse. Tu es condamnée à dix mois de prison. Ton passeport est confisqué. Depuis, ton compte Twitter et ta page Facebook sont muets. Les articles récents qui parlent de toi se contentent de me rappeler que tu es une figure de proue du féminisme. La Rosa Parks de l’Arabie Saoudite. 

Je t’imagine vêtue de rose sous ton abaya et ton hidjab noirs. Je t’imagine essoufflée, mais prodigieusement debout. Fais-nous signe, Wajeha. Nous sommes inquiets.

*

Mahvash Sabet, Iran – Sylvie Nicolas

Détenue depuis 2008, Mahvash Sabet purge actuellement une peine de prison de 20 ans à la prison d’Evin, à Téhéran. Elle fait partie d’un groupe de sept dirigeants baha’is connus sous le nom de « Yaran-i-Iran » – Les amis de l’Iran – incarcérés en raison de leur foi et de leurs activités liées à la direction des affaires de la communauté baha’ie iranienne. Enseignante, Mahvash Sabet a commencé à écrire des poèmes en prison. Son recueil Prison Poems a été publié en traduction anglaise en avril 2013.

Ce soir, Mahvash, je dis que dans le noir et l’obscurité le martellement des cœurs traverse les murs, les contrées, les océans, qu’il s’insinue dans les marées montantes et descendantes, porté par la lumière blafarde des lunes qui se succèdent. Je dis qu’ici ce soir tous les mots ensevelis dans le silence et les ténèbres trouvent  leur chemin jusqu’à nous pour qu’ils puissent être entendus en pleine lumière.

*

Dina Meza, Honduras – Rae Marie Taylor

Depuis 1989 Dina Meza, journaliste indépendante, se lie avec Le COMITÉ DE FAMILLES DES DISPARUS ET DÉTENUS AU HONDURAS. Sur le Web et à la radio elle défend LOS VOCES CONTRA EL OVIDO et fait répandre les voix du CONSEIL DES ORGANIZATIONS INDIGÈNES ET POPULAIRES DU HONDURAS, fondé par Berta Càceres. Suite au coup d’état en 2009, c’est la conviction à Dina Meza qui a fait la force derrière la fondation du CENTRE P.E.N. au Québec. On peut lire ses articles au site sampsoniaway.org.

Dina, malgré les menaces de mort, lintimidation constante, lharcèlement sexuel, les attaques physiques et dautres pressions quotidiennes contre vous et vos trois enfants, vous résistez. Votre gouvernement permet toute impunité aux individus et aux compagnies de développement qui tuent, ou qui violent les droits humains. Vous, militante, vous la dénoncez cette impunité. Nous rendons hommage, Dina à votre conviction, à votre action, à votre générosité et à celle de votre fille et vos fils. En solidarité, in solidarity, en solidaridad.

*

Fatima Naoot, Égypte – Laure Morali

Fatima Naoot, née au Caire (Égypte) en 1964, poète, architecte, journaliste, traductrice vers l’arabe de Virginia Woolf, auteure de vingt-et-un livres dont les recueils « Flacon de colle », « Claquement de doigt », « Structure de roses », « Bande verticale dans la mémoire », condamnée à trois ans de prison le 26 janvier 2016 pour avoir soi-disant insulté l’Islam en dénonçant sur Facebook le sacrifice des moutons le jour de l’Aïd al-Adha.

Je dis pour toi / Je dis tes mots / Libres / Au soleil // Rejoins-moi dans ma voix / Que je te porte sur mon souffle / Comme un oiseau dans le vent // Dans l’eau des roses / Je te lave les pieds Fatima / Toi qui envoies de la lumière / À la folle du village / Et comptes les cheveux blancs de ta grand-mère / Sur le sol parmi les sacs de riz / Et les chats blancs // Évade-toi / En moi // Par ma voix, je recueille / Ton souffle / Et le libère / À tous vents

*

Khadija Ismaïlova, Azerbaïdjan – Catherine Fortin

La journaliste d’enquête Khadija Ismaiyilova a été injustement condamnée à sept ans et demi d’emprisonnement en 2014 pour avoir dénoncé la corruption du clan présidentiel d’Azerbaïdjan. En mai 2016 elle a obtenu une réduction de sa peine et libérée mais d’autres sonneurs d’alerte de son pays sont encore emprisonnés. Khadija Ismayilova souhaite une mobilisation pour les droits humains et la liberté de presse afin que justice soit rendue envers ses collègues et son peuple.

Faire acte de résistance poétique est l’une des réponses possible à cet appel. Comme poètes nous n’avons que notre parole à opposer à la déliquescence du monde, que nos mots et nos chants pour construire un monde cohérent et faire contrepoids à l’ignorance et au mensonge. Ensemble, mêlons nos voix à celles des femmes injustement emprisonnées ou assassinées, afin que lumière et espoir transpercent les murs des prisons et du silence.

*

Atena Farghadani, Iran –  Marie-Ève Muller

La caricaturiste et artiste Atena Farghadani, née en 1987, a été arrêtée en 2014 et en 2015 parce que son art était jugé trop militant par le gouvernement iranien. Lors de son procès d’une durée de 30 minutes en 2015, elle est condamnée à une peine d’emprisonnement de 12 ans et 9 mois. Après une grève de la faim qui l’a menée jusqu’à un arrêt cardiaque et plusieurs campagnes de soutien de la communauté internationale, Atena Farghadani est finalement relâchée le 3 mai 2016. Source : Amnistie Internationale et Cartoonist Rights Network International.

Deux mois après sa deuxième arrestation, en février 2015, elle entame une grève de la faim. Elle jeûne, comme un ramadan qu’on ne rompt jamais. Elle refuse les repas, les breuvages. Elle aurait dû prendre les petites coupes en carton dans lesquelles on lui amenait de l’eau pour boire, mais elle a préféré les vider, les dérouler comme un papyrus et dessiner dessus. Elle a colorié avec tous les pigments qu’elle pouvait trouver : des pétales, de la terre, du sang, des cendres. Sur ce petit bout d’espoir, elle a tracé la liberté.

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