PRENDRE PAROLE..

22 novembre 2017

Actualités

Allocution de Jean-Marc Desgent, animateur de la cérémonie de lecture de la 18e édition de Livres comme l’air

Prendre parole, écrire, c’est vouloir perdre la parole anonyme. À quoi bon parler dans le vide? Écrire, c’est, au contraire, prendre à bras le corps, la parole, celle qu’on se plaît à imaginer, qu’on aime inventer, qu’on crée, dont on a peur aussi, parfois. Et faut-il répéter l’importance de ce désir d’affirmation et d’invention chez l’humain? Désirer dire tout en se confrontant au monde, au réel, à la réalité, c’est donner le mot à cette vision, à cette participation au monde.

Alors, se voir interdit de dire, c’est se faire faire le vide humain, c’est se voir refuser le droit à l’aventure humaine. D’où l’importance de celles et de ceux qu’on appelle des écrivains; ils ne prennent pas le monde tel qu’on le perçoit mais bien comme celui qu’on espère ou qu’on craint de vivre… Et la liberté d’écrire, de dire, construit, participe à l’acte journalistique ou artistique. Conséquemment, perdre sa liberté de parole ou d’écriture, c’est se retrouver en plein vide de soi et des autres. C’est écrire sur les murs d’une cellule le néant de parole, l’espace infiniment vide de sa part d’invention, de communication et, surtout, d’interrogation de ce que l’on est, de ce qu’on perçoit de soi-même et des autres, c’est se rendre compte que notre premier auditeur, notre premier lecteur portant bâton et non crayon, n’entend pas vraiment ce que l’on dit, ne lit pas ce qu’on écrit mais récrit, dans sa tête figée, le texte dans sa forme la plus convenue, la plus convenable donc, la plus morte ou interprète le geste d’écrire comme une menace, une machine à détruire sa réalité pétrifiée quand, au contraire, écrire est une interrogation dynamique, parfois affolante, monstrueuse, rarement stérile. Il faut bien le dire, ce n’est pas écrire qui pose problème mais interroger. C’est, entre autres énigmes, questionner toutes les identités, la sienne comme celles des autres.

Reprenant, ici, autrement et transformée, une ligne de Leonard Cohen; interroger, c’est provoquer une brèche, une petite fêlure, une fragilité, en toutes choses. Et cette brèche, cette fêlure, cette fragilité sont justement à l’origine de la parole et de l’écriture parce que les traversant en tous sens et ce, continuellement. Cette brèche, cette fêlure, cette fragilité sont à la fois l’âme et la démarche quotidienne de l’écrivain et de chaque locuteur, elles sont, aussi, la peur bleue, le pire cauchemar des pouvoirs monolithiques.

 

Photo:  Gilles Pilette

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