Condamnation d’Ahmet Altan : Actes Sud et Asli Erdoğan appellent à la solidarité : UNE PÉTITION À SIGNER

22 février 2018

Actualités

Vendredi 16 février, Ahmet Altan, romancier et journaliste turc, a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par le 26e tribunal pénal d’Istanbul, accusé d’avoir participé au putsch manqué du 15 juillet 2016. 

« [Ahmet Altan] a été reconnu coupable ainsi que cinq autres personnes, dont son frère, le journaliste Mehmet Altan, d’avoir tenté de “renverser l’ordre prévu par la Constitution de la République de Turquie ou de le remplacer par un autre ordre ou d’avoir entravé son fonctionnement pratique au moyen de la force et de la violence” » explique Actes Sud, son éditeur français, dans un communiqué de presse.

Seul Deniz Yücel, correspondant du quotidien allemand Die Welt a pu quitter la prison de Silivri — située à 70 km d’Istanbul —, remis en liberté conditionnelle. Ahmet Altan, le journaliste Mehmet Altan, la femme politique éditorialiste Nazli Ilicak, l’ancien graphiste du journal Zaman, Fevzi Yazici, son ancien directeur marketing, Yakup Simsek et, enfin, un ancien instructeur de l’académie de police, Sükrü Tugrul Özsengül, sont condamnés à y rester.

Ahmet Altan, « esprit critique » pour la démocratie 

Comme le rappelle Actes Sud, Ahmet Altan est arrêté le 10 septembre 2016, accusé d’avoir participé au putsch manqué du 15 juillet 2016. S’il est relâché douze jours plus tard, c’est pour mieux être inculpé 24h après, au motif « d’appartenance à une organisation terroriste » et de « tentative de renversement de la République de Turquie ».

L’auteur de Comme une blessure de sabre (2000) et de L’Amour au temps des révoltes (2008) était aussi un journaliste turc renommé, engagé, décrit comme un « esprit critique […] très en prise avec la société turque. » Il tient cela de son père également journaliste, Çetin Altan, condamné à près de 2 000 ans de prison pour ses articles. Ce dernier faisait partie des 17 députés socialistes qui entrent au Parlement turc en 1967.

En 1974, alors que « L’Opération de maintien de la paix » a lieu (invasion de la partie nord de Chypre par les forces militaires turques), Ahmet Altan devient journaliste et s’engage pour la démocratie. Son premier roman, publié en 1982, est vendu à 20 000 exemplaires. Son second roman est « condamné pour atteinte aux bonnes mœurs et fait l’objet d’un autodafé. »

En parallèle, il poursuit sa carrière de journaliste. En 1985, il devient rédacteur en chef du journal Günes, puis en 1990, il travaille à la télévision. Pendant la guerre, il dénonce à la fois les crimes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et de l’armée turque.

En 1995, il est rédacteur en chef d’un des journaux les plus importants du pays, Milliyet, mais il est licencié à cause de la pression de l’état-major. « À la suite d’un article satirique, il est condamné à 20 mois de prison avec sursis. Il est accusé de soutenir la création d’un Kurdistan indépendant » écrit Actes Sud.

Dans son quatrième roman, qui remporte un vrai succès, il aborde les assassinats sans suite judiciaire. En 1999, il rédige, avec les deux écrivains turcs Orhan Pamuk et Yachar Kemal, une déclaration pour les droits de l’homme (et des droits culturels des Kurdes) et de la démocratie en Turquie. Celle-ci sera signée par Umberto Eco, Günter Grass ou encore Elie Wiesel.

En 2007, il est rédacteur en chef du journal d’opposition Taraf, qu’il crée. Il démissionne en 2012. Son article « Oh, Mon Frère », écrit en 2008, dédié aux victimes du Génocide arménien, lui vaut d’être inculpé pour insulte à la Nation turque. Enfin, en 2011, il reçoit le prix Hrant Dink de la Paix nommé d’après un journaliste arménien qui fut assassiné en 2007.

Indignation dans la communauté internationale

La nouvelle de la réclusion à perpétuité d’Ahmet Altan a indigné la communauté internationale, notamment en France, où le président turc Recep Tayyip Erdogan avait été reçu en début d’année. Mais ce dernier n’avait pas semblé vouloir revenir sur sa politique, ce qui est maintenant confirmé.

Aslı Erdoğan, écrivaine turque opposante au régime de son pays, a déclaré : « Après le coup d’État manqué de juillet 2016, nous sommes les deux premiers écrivains à avoir été arrêtés sur des chefs d’accusation kafkaïens. La prison à vie a été requise contre nous et nous avons cru d’abord que c’était une blague. Nous avons cru qu’ils nous libéreraient après avoir eu la satisfaction de nous avoir maltraités. Ils m’ont relâchée, mais lui, ils l’ont condamné à perpétuité. »

De même, une pétition a été lancée par les éditions Actes Sud et l’association Les Nouveaux Dissidents, adressée à Recep Tayyip Erdogan pour demander la libération de Ahmet Altan.

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