PEN soutient Yvan Godbout

17 février 2020

Actualités

Yvan Godbout

28 janvier 2020

Les poursuites en justice de l’écrivain québécois Yvan Godbout pour « production de pornographie juvénile » par rapport aux passages de son roman Hansel et Gretel ainsi que de l’éditeur, Éditions ADA Inc., pour avoir « produit et distribué de la pornographie juvénile », constituent une épreuve importante dans la défense et la garantie de la liberté d’expression au Québec et, de façon plus générale, au Canada, a affirmé aujourd’hui PEN International. Cette dernière fait un appel au pouvoir judiciaire du gouvernement du Canada pour abandonner les accusations portées contre l’auteur et l’éditeur s’il s’avère que celui-là n’est poursuivi que pour les seuls passages se trouvant dans ce livre.

Le roman Hansel et Gretel est une version noire du conte de fées et classique bien connu de la littérature allemande; cette adaptation présente, en particulier, un passage où un père agresse sexuellement sa fille; ce texte fut à l’origine publié par les Éditions ADA, dans la collection Les contes interdits. Selon Vice News, « le livre n’a pas été commercialement destiné aux enfants », il ne contient aucun visuel explicite, un avertissement sur le contenu figure à l’endos de la jaquette du livre et le passage est censé provoquer l’horreur et non pas l’érotisme ».

Le 14 mars 2019, Godbout et le directeur général des Éditions ADA, Nycolas Doucet, ont été arrêtés, puis interrogés par des enquêteurs de la Sûreté du Québec (SQ) (le corps de police de cette province canadienne) et enfin relâchés en attendant le procès devant avoir lieu le 15 avril 2019. Cette arrestation a été déclenchée par une plainte qu’une enseignante avait portée en janvier 2018, un peu plus d’un an auparavant, sur le passage du roman qui décrit l’agression sexuelle d’une fillette. L’éditeur a mis un terme à la commercialisation de ce livre; les Éditions ADA Inc. ont, cependant, décidé de le remettre en vente quelques mois plus tard étant donné qu’elles n’avaient reçu aucun autre avertissement de la police.

Godbout fait face à des accusations de production de pornographie juvénile, selon l’article 163.1 (2) du Code criminel du Canada où il pourrait encourir une peine de prison allant d’un à quatorze ans. Selon l’avocat de l’auteur, le procès devrait commencer en septembre 2020. Cette affaire est sans précédent.

Le Code criminel du Canada définit la pornographie juvénile de la manière suivante : « de tout écrit, de toute représentation ou de tout enregistrement sonore qui préconise ou conseille une activité sexuelle avec une personne âgée de moins de dix-huit ans » et «de tout écrit dont la caractéristique dominante est la description, dans un but sexuel, d’une activité sexuelle avec une personne âgée de moins de dix-huit ans ». La production, la distribution et la possession de tels écrits constituent un acte criminel.

Toutefois, la Code précise aussi que : « Nul ne peut être déclaré coupable d’une infraction au présent article si les actes qui constitueraient l’infraction : a) ont un but légitime lié à l’administration de la justice, à la science, à la médecine, à l’éducation ou aux arts. »

Selon l’avocat de Godbout, Jean-Philippe Marcoux, la Couronne se sert de son pouvoir extraordinaire pour y aller d’un procès devant jury, sans avoir obtenu l’accord des accusés et en passant outre à une audience préliminaire devant juge; ceci aurait permis de vérifier s’il y avait assez de preuves pour se rendre à un procès. Ayant écrit à PEN International, Marcoux a déclaré que : « Cette affaire est un ballon d’essai pour la Couronne; elle essaie, selon moi, de faire quelque chose qu’elle n’avait jamais tenté auparavant, au Canada. Nous croyons fermement que, compte tenu de la loi et de la jurisprudence au Canada, ce roman ne relève pas de la pornographie juvénile. On pourrait soutenir qu’il s’agit ici d’un cas s’approchant de la censure allant à l’encontre de la liberté d’expression. »

Salil Tripahi, président du Comité des écrivains emprisonnés de PEN International, a affirmé : « Comme œuvre d’imagination, il est étrange que de telles accusations soient portées contre Godbout et son éditeur étant donné que Hansel et Gretel devraient, selon toute apparence, cadrer résolument avec les exceptions prévues par la loi. Les témoignages sur place laissent entendre que le roman n’est pas commercialement destiné aux enfants, ne comporte pas d’images graphiques. On peut alors se demander comment il est possible de soutenir de façon raisonnable que le passage en question arrive au seuil de préjudice nécessaire pour nier toute exception basée sur la valeur artistique. Nous en appelons au pouvoir judiciaire du Canada d’agir conformément aux normes internationales de la liberté d’expression, et de ne pas permettre qu’une loi à laquelle on confère une légitimité — une loi contre la pornographie juvénile — bâillonne la légitimité de toute littérature.

Comme l’a indiqué à Vice Media la professeure de l’Université de Winnipeg, Catherine Tosenberger, spécialiste du folklore et de la littérature pour enfants, tout conte de fées peut connaître une nouvelle interprétation plus sombre; en faisant cela, les auteurs tels que Godbout se rapprochent en réalité des origines des contes de fées.

En réaction à la procédure judiciaire à laquelle est confronté le romancier, des regroupements tels que l’ANEL (l’Association nationale des éditeurs de livres) et l’UNEQ (l’Union des écrivaines et écrivains du Québec) ont qualifié d’exagéré ce procès contre Godbout et dénonce: « un cas de censure évident » qui « criminalise l’écriture de fiction ». L’UNEQ évoque, quant à elle, une possible « privation de la liberté d’expression ».

Des préoccupations sans cesse croissantes soulevées par le précédent que cette affaire pourrait établir au sujet de la liberté d’expression au Québec et, plus généralement, dans le reste du Canada, le responsable du Comité pour la défense des écrivains persécutés de P.E.N.-Québec, a déclaré : « Les artistes ressentent parfois le besoin de présenter l’être humain dans ce qu’il a de pire, sans complaisance, afin de trouver un sens au monde dans lequel nous vivons. Si l’artiste ne peut développer un discours autour de sujets tels que le viol, la violence, l’horreur et autres tabous en général, afin de les mettre en avant, qui le fera? »

PEN International exhorte le pouvoir judiciaire du gouvernement du Canada à abandonner les accusations contre l’auteur Yvan Godbout et son éditeur, les Éditions ADA Inc., s’ils sont pris pour cible uniquement pour un extrait du roman, en plus de protéger le droit à la liberté d’expression enchâssé dans la Charte canadienne des droits et libertés et par l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par le Canada.

,

Souscrire

Souscrire à nos flux RSS et profils sociaux pour recevoir les mises à jour.

Pas encore de commentaire.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s