
« Le rôle que les écrivains peuvent jouer en période d’incertitude, en rédigeant avec diligence des récits qui nourrissent l’empathie, en offrant des aperçus de joie et, enfin, en faisant don de l’espoir, n’est pas officiellement reconnu, et ce manque de reconnaissance ou de protections cohérentes peut en fin de compte décimer l’expression et propulser une autocensure rampante » – Ma Thida, Présidente du comité des écrivains emprisonnés de PEN International.
– 21 mars 2024
À l’occasion de la Journée mondiale de la poésie, PEN International publie Guerre, censure, et persécution : liste de cas de PEN International 2023/2024, qui met en lumière les défis auxquels sont confrontés les écrivains dans les conflits mondiaux et souligne la nécessité de préserver la liberté d’expression, en particulier dans les régions déchirées par la guerre.

Guerre, censure, et persécution documente 122 cas d’écrivains confrontés au harcèlement, à l’arrestation, à la violence et même à la mort, dans le monde entier. Il s’agit notamment de 26 personnes emprisonnées, 23 détenues, 22 harcelées, 14 en procès, 8 tuées, et 6 faisant l’objet d’un harcèlement judiciaire et de menaces de mort, entre autres. La répartition par région montre que l’Afrique compte 14 cas, les Amériques, 36, l’Asie/Pacifique, 24, l’Europe et l’Asie centrale, 32 et le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, 16.

En 2023, la censure mondiale persiste dans un contexte d’escalade des conflits. En Europe et en Asie centrale, le rapport traite de la poursuite de la guerre d’agression de la Fédération de Russie contre l’Ukraine, en soulignant l’impact des conflits armés sur les communautés d’écrivains et d’artistes. Le regain de tension met en péril la paix et la stabilité dans les Balkans occidentaux, où les écrivains sont confrontés à une série de défis visant à faire taire leurs opinions et leurs reportages critiques.
Au Moyen-Orient, le conflit armé s’est intensifié avec des événements tels que l’attaque du 7 octobre par le Hamas contre Israël, qui a eu des conséquences catastrophiques. Israël a lancé une campagne brutale de bombardements qui, à ce jour, a tué plus de 30 000 Palestiniens à Gaza, entraînant un risque de génocide et un débordement dans d’autres parties de la région. La guerre à Gaza s’est avérée être le conflit le plus meurtrier pour les écrivains dans l’histoire récente, avec au moins 14 écrivains et poètes tués, et 68 % de tous les journalistes tués dans le monde en 2023. Au Yémen et en Syrie, les conflits en cours continuent de nuire à la liberté d’expression : Les autorités houthies ont intensifié la répression, tandis que la Syrie a maintenu des lois répressives et que des milliers de personnes ont disparu de force.

En Afrique subsaharienne, le Soudan a connu une escalade majeure en raison d’une lutte de pouvoir entre les forces armées soudanaises et les forces de soutien rapide, faisant craindre un nouveau génocide dans la région du Darfour. Dans le même temps, en République démocratique du Congo, le conflit armé autour les ressources minérales a persisté, avec l’implication de plusieurs milices non étatiques et de groupes rebelles. Un nouveau conflit a éclaté en Éthiopie entre les forces du gouvernement fédéral et les milices alliées Amhara, à la suite des tensions résultant d’un accord de paix qui a mis fin à la précédente guerre du Tigré.
PEN International condamne les attaques contre les écrivains et les civils pris dans les conflits, et déplore la perte de personnalités culturelles de premier plan, dont Victoria Amelina, membre de PEN Ukraine.
En Asie, le rapport souligne la répression à l’encontre des écrivains et des journalistes dans des pays tels que le Myanmar, l’Inde, et la Chine, où 11 membres du centre PEN chinois indépendant sont emprisonnés à long terme, ainsi que la persécution des écrivains minoritaires des communautés ouïghoure et dalit, entre autres. Les femmes écrivains ont été confrontées à de graves difficultés, notamment en Afghanistan, où, sous le régime des talibans, les écrivains et les défenseurs de l’éducation des filles sont confrontés à des détentions arbitraires prolongées.
Dans les Amériques, les assassinats ciblés de journalistes par des bandes criminelles ont suscité des inquiétudes en Haïti, en Colombie, au Mexique, au Honduras et au Guatemala. À Cuba, de nombreux artistes ont été persécutés pour leur expression créative, faute d’une procédure régulière et d’une défense juridique indépendante. Au Nicaragua, le rapport fait état d’un nouveau type de persécution sous la forme d’une « mort civile » où les citoyens considérés comme des « traîtres » sont déchus de leur citoyenneté.
Dans le monde entier, les interdictions de livres se multiplient, menaçant l’éducation et encourageant la discrimination, justifiées par des préoccupations de sécurité nationale en Biélorussie, à Hong Kong, au Salvador, en Hongrie, en Russie et en Turquie. Au Brésil et aux États-Unis, les interdictions découlent souvent d’opinions discriminatoires et conduisent au retrait de titres classiques des bibliothèques publiques et des écoles.

Agissez pour Maksim Znak, Gui Minhai, Galal El-Behairy, Freddy Antonio Quezada, et 12 écrivains érythréens détenus depuis 2001.
En 2023, PEN International, le Fonds d’urgence de PEN et des ONG partenaires ont apporté une aide cruciale aux écrivains et à leurs familles, y compris un relogement d’urgence et un soutien financier; notamment, 22 bourses ont aidé des écrivains d’Afghanistan, 14 du Nicaragua, et d’autres du Myanmar, de Turquie, de Biélorussie, de Serbie, de Cuba, du Honduras, d’Égypte – pour n’en citer que quelques-uns – soulignant le besoin continu d’une telle assistance et l’importance de la collecte de fonds pour l’aide future.
PEN International adresse les recommandations suivantes à la communauté internationale :
- Favoriser la paix
- Protéger les écrivains
- Renforcer le rôle culturel des communautés minoritaires
- Promouvoir et protéger les femmes écrivains
Le plaidoyer et les campagnes de PEN International se poursuivront jusqu’en 2024 et au-delà afin de mettre fin à ces violations des droits de la personne, de fournir et de soutenir la protection et les systèmes de refuge qui peuvent aider les écrivains à poursuivre leur travail essentiel, et de demander réparation pour les préjudices subis.
Notes aux rédacteurs :
- Pour de plus amples informations ou pour les demandes des médias, veuillez contacter Sabrina Tucci, Responsable de la communication et des campagnes, Sabrina.Tucci@pen-international.org.

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