
« Emmenez-moi loin de cette stagnation
J’ai tellement vu l’abîme. Longtemps, si longtemps
je l’ai regardé – ce vide n’est que répétition.
Il est temps pour moi de dire que je suis un oiseau qui reçoit la pluie
Il est temps de respirer l’odeur de la terre, de s’en remplir, de grandir à nouveau.
Connais-moi par mon amour, pas par ma solitude.
Comprends-moi par ce que je désire ardemment, pas par ce que j’ai perdu.
Comprends-moi par mon enfance, pas par le moi d’aujourd’hui.
Je te cherche. »
– Extrait de Freedom d’Ilhan Sami Çomak
Traduit par en anglais par Caroline Stockford
- 27 août 2024
PEN Norvège, les centres PEN soussignés et PEN International expriment leur extrême consternation face à la décision unanime de la commission de libération conditionnelle réunie à la prison de Silivri, à Istanbul, de s’opposer à la libération, prévue le 21 août 2024, du plus ancien étudiant prisonnier de Turquie, le poète kurde de renommée internationale et membre honoraire de PEN, Ilhan Sami Çomak.
Çomak a été arrêté alors qu’il étudiait la géographie à l’université d’Istanbul en 1994. Il a déclaré avoir été torturé pendant 19 jours avant de signer de faux aveux selon lesquels il aurait allumé des feux de forêt au-dessus d’Istanbul au nom du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un mouvement interdit. Çomak a été blanchi de cette fausse accusation, mais a été reconnu coupable en octobre 2000, par une Cour de sûreté de l’État, du crime de séparatisme et condamné à la prison à vie. En 2007, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a jugé que son droit à un procès équitable avait été violé. Çomak a été condamné à la prison à vie — soit une durée de 36 ans — à l’issue d’un nouveau procès qui s’est ouvert en 2014. Nous notons qu’il est habituel de libérer les prisonniers lorsqu’un nouveau procès a été ordonné et nous nous demandons comment Çomak a été maintenu en prison pendant huit ans après que la Cour européenne des droits de l’homme a statué qu’un nouveau procès était nécessaire.
Çomak devait bénéficier d’une libération conditionnelle le 21 août 2024. Cependant, la commission des libérations conditionnelles, à laquelle un nouveau membre a été ajouté une semaine seulement avant sa dernière réunion, a décidé à l’unanimité de refuser à Çomak sa liberté malgré sa déclaration de consacrer sa vie à la poursuite de la littérature et de la poésie. La commission a énuméré les quatre ou cinq fois où Çomak aurait prononcé un slogan politique ou fait du « bruit inutile » au cours de ses 30 années d’incarcération. Il a estimé que Çomak n’avait pas montré suffisamment de remords pour le crime de séparatisme et que son cas devrait être réexaminé dans trois mois. PEN Norvège et les autres centres PEN suivront de près la procédure qui doit avoir lieu après la soumission d’un appel de la décision du conseil dans les 15 jours.
PEN Norvège et les signataires souhaitent exprimer leur extrême frustration face à l’emprisonnement cruel et sans fondement de ce poète très apprécié, dont l’œuvre elle-même témoigne de ses aspirations pacifiques, et s’opposent fermement à la prolongation de sa détention, qui semble motivée par des considérations politiques.
PEN Norvège et ses autres centres font savoir qu’ils suivront de près l’évolution de l’appel des avocats de Çomak contre la décision de la commission de libération conditionnelle du 20 août 2024 et espèrent voir l’annulation de cette décision arbitraire et vaguement décrite. İlhan Sami Çomak a été privé de liberté pendant toute sa vie d’adulte. Il ne devrait pas être détenu un jour de plus.
Liste des signataires, y compris P.E.N.-Québec
