Écrivains en danger : Briser le silence – Liste des cas de PEN International 2026

« Lorsque le patrimoine littéraire et la liberté d’expression sont menacés, notre capacité à développer les récits et les idées indispensables pour comprendre et relever les défis apparemment insurmontables auxquels le monde est confronté s’en trouve réduite, ce qui a des conséquences que nous subissons tous. » — Ma Thida, présidente du Comité des écrivains emprisonnés de PEN International. 

  • 23 avril 2026

À l’occasion de la Journée mondiale du livre, PEN International publie aujourd’hui Writers Under Siege: Defying Silence – PEN International Case List 2026, un rapport qui met en lumière une tendance mondiale inquiétante : l’espace dédié à la liberté d’expression, à la culture et à la dissidence se rétrécit à mesure que les gouvernements redoublent d’efforts pour faire taire les voix critiques et s’en prendre aux écrivains en raison de leurs œuvres.  

Partout dans le monde, les écrivains continuent d’être victimes d’emprisonnement, de menaces, de censure et d’exil forcé. En 2025, PEN International a recensé 140 cas de persécution à travers le monde, dont 32 écrivains emprisonnés, 26 victimes de harcèlement, 23 victimes de harcèlement judiciaire et 12 victimes de disparitions forcées.

Mouvements de protestation et répression

Les mouvements de protestation sont restés très répandus en 2025, souvent menés par des militants de la génération Z s’organisant en ligne. Ces mobilisations ont conduit à la destitution de responsables politiques ou de gouvernements en Bulgarie, en Indonésie, à Madagascar, au Népal et en Serbie, ainsi qu’à des concessions ou des réformes au Maroc, aux Philippines et au Togo. 

Les autorités ont souvent réagi par un recours excessif à la force, des arrestations massives et d’autres restrictions, notamment lors des élections au Cameroun, en Tanzanie et en Ouganda. Les gouvernements ont également imposé des coupures d’Internet ou des interdictions des réseaux sociaux lors de manifestations en Afghanistan, au Cameroun, au Népal, en Iran, en Indonésie, en Tanzanie et en Inde, où les autorités ont bloqué environ 300 comptes sur les réseaux sociaux et interdit l’utilisation de VPN pour contourner la censure. 

Répression transnationale et exil forcé

Les gouvernements s’en prennent de plus en plus à des écrivains au-delà de leurs frontières par le truchement d’une répression transnationale. Parmi les tactiques employées figurent les procès par contumace, les menaces d’extradition et le harcèlement des membres de la famille.

Désinformation et censure

Le rapport met également en évidence la manipulation croissante des espaces d’information. La mésinformation et la désinformation, souvent amplifiées par l’intelligence artificielle, sont de plus en plus utilisées pour fausser le débat public et alimenter des campagnes de dénigrement à l’encontre de journalistes et d’écrivains.

Aide d’urgence aux écrivains en difficulté

Face à ces menaces, PEN International, en étroite collaboration avec le Fonds d’urgence du PEN, a octroyé 84 subventions d’urgence à des écrivains en danger. La plupart de ces aides ont été accordées à des écrivains palestiniens de Gaza (21 subventions), suivis par ceux du Myanmar (16), de l’Afghanistan (7) et de la Turquie (6). D’autres subventions ont aidé des écrivains de Biélorussie (4), d’Éthiopie (2) et du Nicaragua (2), tandis que des écrivains de 17 autres pays ont également reçu un soutien. Six subventions supplémentaires ont été accordées à des écrivains persécutés de Biélorussie après leur libération et leur exil forcé. 

Des signes de progrès

Malgré un contexte mondial difficile, le rapport PEN International Case List 2026 fait également état d’importantes victoires, obtenues grâce au plaidoyer de l’organisation. Parmi celles-ci figurent l’acquittement et la libération de l’écrivain mozambicain Alex Barga, la condamnation de Hadi Matar pour l’agression de Salman Rushdie, l’acquittement de l’écrivaine philippine Amanda Echanis, la libération du journaliste ukrainien Vladyslav Yesypenko et celle de l’écrivain anglo-égyptien Alaa Abd El-Fattah.  

Recommandations

PEN International appelle les gouvernements et la communauté internationale à : 

• Renforcer la coopération multilatérale, faire respecter l’État de droit et garantir que les auteurs de crimes internationaux, notamment de génocide et d’apartheid, répondent de leurs actes.
• Mettre fin aux attaques contre les civils, les écrivains et les infrastructures culturelles, et garantir l’aide humanitaire ainsi que la reconstruction des secteurs de l’éducation et de la culture. 
• Libérer les écrivains injustement emprisonnés, mettre fin à la répression transnationale et à l’exil forcé, abroger les lois restreignant la liberté d’expression et lutter contre les SLAPP.
• Protéger les écrivains contre les menaces et la violence, défendre l’espace civique et mettre fin aux campagnes de dénigrement et aux interdictions de livres.
• Soutenir les écrivains issus de minorités et les femmes écrivains, et promouvoir l’égalité et la participation à la vie culturelle. 

Plus d’info, en cliquant sur français, en bas à droite de l’écran. Vous y trouverez le fichier du rapport (en anglais).

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