Article de CBC/Radio-Canada, 30 avril 2026

La liberté de la presse a atteint son niveau le plus bas depuis un quart de siècle, alerte jeudi Reporters sans frontières (RSF), pointant une dégradation générale, des États-Unis, où les attaques de Donald Trump sont « systématiques » à l’Arabie saoudite, qui a exécuté un journaliste en 2025.
« Pour la première fois dans l’histoire
de ce classement annuel créé en 2002, plus de la moitié des pays du monde (94) sont en situation « difficile » ou « très grave » alors qu’ils n’étaient qu’une infime minorité (13,7 %) en 2002
, écrit RSF, qui compte cinq niveaux sur son échelle, de très grave
à bonne
.
Dans le même temps, le taux de population vivant dans un pays où la situation de la liberté de la presse est bonne
a plongé, passant de 20% à moins de 1%
.
Seuls sept pays du nord de l’Europe, dont la Norvège en tête, font partie de cette catégorie. Le Canada se classe 20e (situation plutôt bonne
).
Les États-Unis, en situation problématique
, perdent sept places et sont 64e, entre le Botswana et Panama. Au-delà des attaques du président républicain contre la presse — une pratique systématique
—, cela s’est aussi traduit par la détention puis l’expulsion du journaliste salvadorien Mario Guevara, qui dénonçait les arrestations de migrants aux États-Unis, ou la réduction drastique des financements de l’audiovisuel extérieur américain.
Entraves multipliées
Les attaques contre les journalistes se transforment. Il y a toujours des journalistes assassinés, toujours des journalistes en prison, mais les pressions sont aussi économiques, politiques, légales
, souligne auprès de l’AFP Anne Bocandé, directrice éditoriale de RSF.
Si le recul s’explique par les conflits armés, l’organisation pointe aussi les durcissements des régimes politiques ces dernières années.
RSF souligne les chutes spectaculaires du Salvador (143e, -105 places depuis 2014), en raison du lancement d’une guerre contre les gangs criminels maras, ou de la Géorgie (135e), qui a reculé de 75 places depuis 2020 du fait d’une accélération de la répression
.
La plus forte baisse en 2026 est attribuée au Niger (120e, -37 places), symbole de la dégradation de la liberté de la presse au Sahel depuis plusieurs années
, entre les attaques de groupes armés et (les) juntes au pouvoir
, écrit RSF.
Certains pays étaient des fleurons de la liberté de la presse mais elle s’est profondément dégradée avec l’arrivée de régimes militaires comme au Mali (121e) ou au Burkina Faso (110e)
, ajoute Anne Bocandé.
L’Arabie Saoudite (176e, -14 places), où le chroniqueur Turki Al-Jasser a été exécuté en juin par l’État, fait unique dans le monde
, côtoie la Russie, l’Iran et la Chine à la toute fin du classement, fermé par l’Érythrée (180e).
En revanche, la Syrie (141e) fait un bond en avant de 36 places après la chute du régime de Bachar Al-Assad.
Procédures-bâillons
Parmi les cinq critères de mesure de RSF, c’est l’indicateur du cadre légal qui s’est le plus dégradé en 2025.
Autre arme, celle des procédures-bâillons
, autrement dit les poursuites en justice pour diffamation, dénigrement économique ou diffusion de fausses nouvelles, qui visent à intimider les journalistes.
Un phénomène mondial, illustré au Guatemala par le cas du fondateur d’El Periodico, José Rubén Zamora, condamné à plusieurs années de prison après ses enquêtes sur la corruption politique. Mais RSF a aussi dénoncé cette tendance en France dans une récente étude sur les médias locaux.
Les lois criminalisent de plus en plus les journalistes, alors qu’elles devraient les protéger
, note la directrice éditoriale de l’organisation.
Néanmoins, des outils existent
, nuance-t-elle, en citant le règlement de la Commission européenne sur la liberté dans les médias, entré en application en 2025, ou la directive européenne contre les procédures-bâillons.
