RÉSIDENT 2008: HOSSEIN SHARANG, ORIGINAIRE DE L’IRAN.

Hossein Sharang est né à Jiroft, en Iran, en 1959. Il vit en exil à Montréal depuis 1983. Chez Hossein Sharang, très jeune, la poésie était là. Il a publié son premier livre en Iran quand il avait dix-neuf ans, et tous les autres hors du  pays. Hossein Sharang a quitté l’Iran en 1982 pour fuir les exécutions des poètes comme celle de Saïd Soltanpoor. Il écrit dans sa langue maternelle une poésie engagée et pleine d’humour, un mélange de mystique et de quotidien. Hossein Sharang récite ses poèmes dans tout le Canada comme en Europe. Il est publié en Allemagne, mais il a choisi de s’établir à Montréal.

Résidence
par Hossein Sharang

Mon séjour à Québec a été une expérience « fourmidable-éléphantesque » pour moi. Beaucoup de neige, beaucoup d’escaliers, beaucoup d’amis, beaucoup de banquets de poésie — à l’école, au cabaret, à la bibliothèque, à l’université… Les gens de Québec sont susceptibles de fantaisie sans frontières. Je suis allé là-bas avec mon pays-poésie, la République Anarcho- Pacifique du Sharangistan, avec mon Livre sauvage. Toutes mes bêtes, je les ai déchaînées dans les oreilles de ces chers Québécois — je les ai sauvagisés ! J’ai récité mes poèmes en français et en persan à quelques reprises en compagnie d’Alain Beaulieu et, lors de la dernière soirée, avec Houman Zolfaghari, mon ami traducteur. Je les ai chantés en persan et en langue inventée pour mon pays-poésie. Ça a été les meilleurs trois mois de ce dernier quart de siècle, grâce à votre encouragement et à la générosité d’esprit de mes quatre Déesses de l’Institut Canadien de Québec. Voici quelques extraits de Dehors invisible, un livre que j’ai commencé à la résidence (déjà cinquante poèmes) et que j’ai l’intention de continuer. Ces poèmes, je les ai écrits en français et mon traducteur les a corrigés (j’ai été encouragé à écrire en français par mon ami poète Gilles Cyr).

À mes quatre Déesses :
Marie Goyette
Martine Lacasse
France Plourde
Josée Tardif

Plus léger
que la mémoire d’une fourmi
le mot surgit
et s’épanouit

le fil d’une fente
puis
le tapis volant lumineux du jour

entre mes oreilles
va-et-vient des notes
vibration de trou
fête de forme
c’est ainsi que
danse
la pensée

Auprès de la fontaine
où tu es assis dos à nous
un coucou
posé
sur ton pouce gauche
chante de tout son corps
face à une face
qui s’est perdue
dans le miroir de tous

La porte s’ouvrit
personne n’entra
ou bien quelqu’un entra
et personne ne le vit
son du versement
écho du débordement
parole
silence
caquetant
la plume couveuse
s’est assise
sur les chimères

Rien n’a jamais été
étrange
ni étranger
pour la Terre
évasion solaire
demeure magnétique
bombardement céleste
révolution perpétuelle
nue
habillée
habitée
vide
avec ou sans l’homme
et ses Dieux
miroirs à la main
le ventre plein de vie et de mort
elle tourne et oublie
étrange
étranger

Loin d’où
près de quoi
tu n’as encore rien vu
flamme d’allumette
avenir du Soleil
ombre d’éléphant
nuit de fourmi
distance dispersée
distance invisible
distance omniprésente

De la vérité
je n’aime que son ver
pour l’engraisser de poèmes de terre
afin qu’il devienne
un papillon gigantesque
plus grand que le plus grand mensonge

déjà vu
ce monde-coupe immense
suspendu
de sa dentelle de soie fausse
pleine d’éclat

Un deux trois trillions
l’éléphant fou compte des fourmis
fourmis de tous genres et couleurs
trou par trou
contrée par contrée
il compte et il s’éloigne
en traversant les déserts océans
en se rongeant la tête
et les pieds
jusqu’à ce qu’il devienne
une fourmi géante
à la triste figure
qui compte des fourmis
de chimère

La neige est tombée
elle a compté mes cornes
la neige est tombée
elle a tissé mes queues
la neige est tombée
elle mâché mes sabots
la neige est tombée
elle a mangé mes museaux
la neige est tombée
elle a emporté mes gémissements
la neige est tombée

Les Dieux regardent les fourmis
les fourmis découpent le regard
l’emportent dans le trou du temple
le mangent
et dans la noirceur pure
se regardent

C’est impossible
impossible
impossible
que mes pieds s’accompagnent
l’un va au Turkestan
l’autre en revient
l’un appartient à Karl
l’autre à Groucho
celui-ci voisin de la canne
l’autre sur le cou du voisin

Ô !  désert
donne-moi une chaussure dépareillée
et l’adresse d’une grotte
au continent des unipèdes

Hossein Sharang

Plus de détails sur cette résidence sur le site de la Maison de la littérature.

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