Lettre mensuelle de février et mars 2013 de John Ralston Saul, Président international, aux membres du PEN

15 avril 2013

Publications

le 8 avril, 2013

Chers membres du PEN, chères amies, chers amis,

Cette lettre couvre deux mois – février et mars. Je n’ai pas cessé de voyager et ce n’est pas très bon pour la correspondance.

Les principales nouvelles que je vous apporte concernent un voyage de retour au Mexique, puis une visite au Nicaragua. Mais d’abord les bonnes nouvelles.

Si vous visitez notre site Internet, vous allez trouver le rapport de Larry Siems sur la tentative de quelques membres de l’Organisation des États américains (OEA) pour miner l’indépendance de la Commission inter-américaine des droits de l’homme (CIADH) et le rôle du Rapporteur spécial de la CIADH sur la liberté d’expression (http://bit.ly/12ALHBZ) . Affaiblir ces institutions serait un désastre pour la liberté d’expression dans les Amériques. Cette tentative a été détournée lors de l’Assemblée générale de l’OEA à Washington, le 22 mars dernier. Mais, tout comme pour la tentative de formaliser la diffamation religieuse dans le cadre du Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève, la question n’a pas été totalement rejetée; elle a plutôt été mise de côté et pourrait fort bien réapparaître lors d’une nouvelle réunion.

De toute façon, comme à Genève, PEN s’est engagé dans la défense de la CIADH et de son Rapporteur spécial. C’est réconfortant de constater que ces institutions ont gagné la partie.

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Je veux aussi mentionner que Hori Takeaki et moi étions à Londres en février pour discuter stratégie avec Laura McVeigh et mieux connaître les nouveaux membres du personnel. En même temps, Hori-san s’est joint au comité d’embauche de la personne qui succédera à Sara Whyatt. Laura et Marian Botsford-Fraser vous informeront prochainement du résultat de cet exercice.

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Revenons au Mexique. Nous étions huit, de retour à Mexico pour assurer le suivi de la mission que nous avions effectuée il y a un peu plus d’un an, Cette fois-ci, il s’agissait d’Aline Davidoff, la nouvelle présidente, ainsi qu’Alicia Quiñones, du PEN Mexique; Víctor Sahuatoba, le vice-président du PEN San Miguel; Ola Larsmo, président et Elnaz Baghlanian, du PEN Suède; Larry Siems, directeur des programmes internationaux du Centre American PEN; Alaín Pescador et moi-même.

Je suis arrivé au Mexique quelques jours plus tôt afin de prononcer le discours inaugural de la réunion de l’Inter American Press Association (IAPA) qui avait lieu à Puebla. L’occasion était bonne de présenter la position du PEN sur la situation au Mexique, l’impunité dans les Amériques et sur ce qui était encore alors les problèmes mentionnés ci-haut à l’OEA. J’ai pu pendant trois jours discuter de ces questions avec des leaders de la presse de partout en Amérique.

Et j’ai aussi pu rencontrer le blogueur Yoani Sánchez.

La délégation a travaillé à Mexico du 11 au 13 mars. Nos principales réunions officielles ont été avec le Procureur général, Jesus Karam Murillo, un des principaux membres du nouveau gouvernement du Président Peña Nieto, le Procureur général adjoint, Ricardo García Cervantes, la Procureure spéciale pour les crimes contre la liberté d’expression, Laura Borbolla, et la Sous-ministre de l’Intérieur chargée des droits de la personnes et des affaires légales, Lia Limón, responsable de la mise en place du mécanisme de protection des journalistes menacés.

La position du gouvernement est déconcertante en ce qu’il tient ardemment à déclarer que la situation est pire que nous ne le disons. L’attention est entièrement portée vers des réformes à long terme. On avait peu à dire sur ce qui pourrait être fait à court terme.

La position que nous avons développée pendant ces réunions et en public, au-delà de notre document sommaire (http://bit.ly/13PRO93) se basait sur deux points principaux:

– les réformes à long terme sont positives et, bien évidemment, nous les appuyons. Mais par contre, ces réformes ne répondent pas à la violence qui se poursuit et elles pourraient devenir inutiles si on laisse cette violence se poursuivre. Nous avons insisté qu’un programme d’urgence est immédiatement nécessaire pour rassembler assez de policiers et d’avocats pour lancer les enquêtes, les accusations, les procès et les condamnations. Il faut qu’on prouve que le système judiciaire fonctionne.

– même si le nouveau Président de la République a fait des commentaires sur la liberté d’expression, il n’existe pas de sentiment qu’il offre un leadership dans ce domaine. Il faut que le Président prenne une position ferme, constante et publique au sujet de la liberté d’expression et de l’impunité, afin d’orienter le travail de ses fonctionnaires.

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Le lancement du nouveau numéro (#7) du blog du PEN Suède ‘The Dissident Blog’ consacré au Mexique, qui a eu lieu à la Résidence de l’Ambassadeur suédois a attiré beaucoup de monde, autant des journalistes mexicains que des personnalités des ONG. The Dissident Blog joue un rôle important dans la diffusion du message du PEN au sujet de la liberté d’expression.

Pendant cette mission de suivi, nous avons pu ré-affirmer les préoccupations du PEN International et que nous allons retourner régulièrement au Mexique pour y appuyer nos trois centres du PEN et les écrivains en général. Le travail de la Délégation a été étayé par le lancement du Dissident Blog et le rapport UPR (Universal Periodic Review) du PEN International sur Mexico (http://bit.ly/Zt9664) préparé par Tamsin Mitchell et présenté à Genève au même moment.

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Puis je me suis rendu au Nicaragua avec Alaín Pescador qui, comme plusieurs d’entre vous le savent, travaille avec moi. Pendant trois jours, nous y avons eu de nombreuses réunions avec des écrivains et des journalistes de renom, des ONG et des représentants du gouvernement. Notre programme avait été mis en place par le romancier nicaraguayen Sergio Ramírez, l’un des fondateurs du PEN Nicaragua, et Cristiana Chamorro, présidente de la Fondation Violeta Chamorro qui s’occupe des questions de droits de la personne au Nicaragua. Nous avons ainsi pu connaître les membres du PEN Nicaragua et travailler avec eux et d’autres écrivains nicaraguayens à agrandir le PEN du pays afin qu’il inclue une large coalition des écrivains du Nicaragua.

Le PEN Nicaragua espère vivement continuer dans cette direction. J’ai pris plaisir à parler avec le Président du Centre, Juan-Carlos Vílchez, les membres de son conseil et des membres d’autres associations d’écrivains et d’importants journalistes au sujet d’un effort de renforcement des Centres PEN en Amérique Latine.

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La situation au Nicaragua me semble à peu près la suivante: il y a peu, s’il y en a même, d’indications de violence ou d’emprisonnement contre des écrivains. Mais le gouvernement Ortega semble avoir pris le tortueux chemin de limiter la liberté d’expression par un mécanisme comme la propriété des organes de presse, par une utilisation politisée des ressources gouvernementales et par une virtuelle absence d’accès à l’information. On est virtuellement affamé de liberté d’expression. Neuf des dix diffuseurs de télévision appartiennent au gouvernement ou à des amis du régime

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Finalement, comme plusieurs d’entre vous le savent, deux de nos plus importants chefs de service au bureau international nous ont maintenant quittés: Sara Whyatt et Frank Geary. Sara a joué un rôle de tout premier plan au cœur du WIPC (le Writers in Prison Committee, Comité de défense des écrivains persécutés – CODEP) pendant plus de deux décennies. Ses connaissances et son dévouement, ses talents et son infatigable capacité de travail afin d’arriver à aider les écrivains en situation difficile, sont bien connus. Elle est bien sûr encore fidèle au PEN et nous allons la revoir, mais ceci est un moment important où je lui répète en notre nom à tous notre reconnaissance.

Frank a joué un rôle-clé dans la mise en place d’une toute nouvelle approche aux programmes du PEN. Son rôle dans le programme éducatif, surtout en Afrique, est bien connu de tous les Centres de la région. Son travail à l’appui des Centres a été inestimable. Il est parti diriger une ONG en Irlande. Une fois de plus, je sais que nous allons continuer de travailler avec lui à l’avenir. Et encore nos remerciements les plus chaleureux, Frank.

Avec mes salutations les plus amicales.

John Ralston Saul 
Président international 

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