La Russie se doit de protéger les journalistes qui dénoncent d’atroces agressions homophobes en Tchétchénie

28 avril 2017

Actualités

Le 21 avril 2017 — Les autorités russes doivent immédiatement enquêter de façon impartiale sur les menaces proférées contre le journal Novaya Gazeta et son personnel afin de protéger les journalistes de toute forme de violence, a déclaré aujourd’hui PEN International à la suite de graves inquiétudes au sujet de leur sécurité.

Le 1er avril 2017, l’influent journal russe indépendant Novaya Gazeta a dévoilé que plus d’une centaine d’hommes soupçonnés d’être gais ont été kidnappés, détenus au secret, torturés et maltraités de diverses manières par des forces de sécurité et des milices locales en Tchétchénie. On rapporte qu’il y avait parmi eux des journalistes de la presse télévisée. Au moins trois hommes ont été tués, d’après cet article. Des organismes locaux et internationaux des droits de l’homme ont aussi témoigné avoir reçu de tels rapports de sources crédibles.

Plutôt que de faire enquête sur ces allégations, les autorités tchétchènes ont rejeté catégoriquement les résultats de l’enquête de la Novaya Gazeta et semblent même avoir approuvé ces violences. Le 3 avril, quelque 15 000 personnes ont manifesté contre le journal à Grozny, la capitale tchétchène. Adam Shakhidov, conseiller du président Ramzan Kadyrov, a pris la parole pour traiter la Novaya Gazeta et son personnel d’être des « ennemis de notre foi et de notre patrie ». Lors de cette manifestation, on a adopté une résolution promettant que « tous les responsables de cet article, peu importe qui et où ils sont, feront face à des représailles ». Un enregistrement de son discours a été largement diffusé à la télévision et dans les médias sociaux de Tchétchénie.

Le 14 avril, la Novaya Gazeta publiait une déclaration à l’effet qu’elle craignait pour la sécurité de son personnel. Elena Milsahina, la journaliste d’enquête qui fut la première à dénoncer la situation, annonçait qu’elle quitterait la Russie. Elle avait de bonnes raisons de prendre ces menaces au sérieux. Sa collègue Anna Politkovskaya a été tuée par balle dix ans plus tôt. On n’a toujours pas amené devant les tribunaux les responsables de cet assassinat. Le 19 avril, la Novaya Gazeta révélait avoir reçu une enveloppe contenant une poudre blanche non identifiée. Le Comité investigateur de la Fédération de Russie a fait savoir récemment qu’il enquêterait sur ces menaces.

«Nous sommes consternés de ces rapports d’agressions contre des Tchétchènes soupçonnés d’être homosexuels et des menaces constantes reçues par la Noyava Gazeta et son personnel. Nous demandons aux responsables russes d’entreprendreimmédiatement une enquête sérieuse sur ces menaces et de ne rien épargner pour assurer la sécurité de journalistes qui ne font que leur travail. Les responsables doivent être poursuivis», a déclaré Carles Torner, directeur exécutif de PEN International.

Renseignements supplémentaires

Le 1er avril, Alvi Karimov, porte-parole de Ramzan Kadyrov, a qualifié publiquement l’article de la Novaya Gazeta de « mensonge et désinformation absolue », puisqu’il n’y aurait pas d’homosexuels en Tchétchénie. Dans une menace à peine voilée, il ajoutait que « s’il y avait de telles personnes en Tchétchénie, les autorités policières n’auraient pas à s’en occuper, puisque leurs parents les enverraient en un lieu dont on ne revient jamais ». Ramzan Kadyrov a lui-même rejeté les rapports de purge lors d’une rencontre télévisée, le 19 avril, au Kremlin.

Les autorités russes ont déclaré qu’elles feraient enquête sur ces allégations si les victimes se faisaient connaître, mais les Tchétchènes ont trop peur de parler, car les « crimes d’honneur » sont encore monnaie courante dans leur région. La discrimination contre les lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres et intersexués (LGBTI) est courante en Russie. En 2015, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a fait part de sa vive inquiétude face aux rapports de discrimination, depropos haineux et de violence envers les LGBTI en Russie et aux atteintes à leur liberté d’expression et de réunion.

D’après le Comité pour la protection des journalistes, au moins 56 journalistes ont été tués en Russie depuis 1992, dont 36 assassinés en représailles directes de leur travail. Nikolai Andrushchenko, cofondateur de l’hebdomadaire Novy Peterburg, est décédé le 19 avril 2017 à la suite de blessures subies lors d’un passage à tabac, le mois précédent. Il était bien connu pour sa couverture de la corruption et des atteintes aux droits de l’homme.

En tant que membre de la Convention européenne des droits de l’homme, la Russie a l’obligation de garantir la liberté d’expression des journalistes et de protéger ceux-ci des menaces et attaques.

Pour plus d’information, communiquer avec Aurélia Dondo, PEN International, Koops Mill, 162-164 Abbey Street, London, SE1 2AN, UK Tel : +44 (0) 2074 050 338 Fax  +44 (0) 20 7405 0339 e –mail : Aurelia.dondo@pen-international.org

 

Traduction de François Barcelo, membre

et

Félix Villeneuve

Écrivain

Administrateur au Centre québécois du P.E.N. International

Responsable du Comité de Défense des Écrivains Persécutés (CODEP)

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